Ahmed Laaouej n'exclut plus une majorité bruxelloise sans le MR : "On est prêts à le faire, oui"
Ahmed Laaouej, président du PS bruxellois, propose de trouver une majorité, au Parlement bruxellois, pour voter un budget. Avec ou sans le MR.

- Publié le 29-04-2025 à 20h19
- Mis à jour le 29-04-2025 à 20h38

Les négociations pour former un gouvernement bruxellois patinent depuis 10 mois. Les finances régionales sont dans le rouge. Comment en sortir ?
Certains disent que nous avons besoin de la N-VA au gouvernement bruxellois pour recevoir l'aide du fédéral. On voit tout le contraire ! Le gouvernement Arizona a démontré qu'il était anti-bruxellois. Il a coupé dans Beliris et va renvoyer plus de 100 millions d'euros de charge aux CPAS, en raison de l'exclusion des chômeurs, etc. Dans ce contexte de bashing anti-bruxellois, nous devons pouvoir remettre bon ordre dans les finances publiques. Nous attendons donc du ministre bruxellois du Budget (Sven Gatz, Open VLD) qu'il vienne avec un vrai projet de budget 2025. Et qu'on ne vienne pas nous dire que le gouvernement bruxellois actuel est en affaires courantes. Pendant la période du Covid, le gouvernement fédéral en affaires courantes a pris des mesures qui ont permis de faire face au défi sanitaire. Nous sommes ici face à un défi budgétaire qui justifie cela. On ne comprendrait pas que le ministre du Budget ne vienne pas avec une proposition.
Pour voter un budget, il faut une majorité. Or, Bruxelles n'en a pas et c'est tout le problème. Qui voterait ce budget ?
En tant que président de la commission des Finances, je peux créer une plateforme parlementaire pour trouver une majorité et faire voter ce budget 2025, ainsi que les budgets à venir, tant qu'un autre gouvernement n'est pas mis en place. Nous avons déjà le gouvernement bruxellois en affaires courantes (PS-Écolo-Défi-Groen-Vooruit-Open VLD), auquel viendraient s'ajouter les partis qui considèrent qu'il y a nécessité d'assainir les finances publiques.
Le vote d'un budget serait le point de départ à la création d'un nouveau gouvernement bruxellois ?
Cela peut faire partie des pistes.
Le MR a un pacte de sang avec la N-VA, qui va l'amener à saigner les Bruxellois. Mais cela n'engage que lui. Au PS, nous ne serons pas les collaborateurs d'une politique anti-sociale de régression qui s'en prend aux services publics, aux fonctionnaires, aux associations actives dans le non-marchand etc."
Il y a la possibilité mathématique, depuis le départ de la députée Latifa Ait Baala du MR pour le PS, de créer une majorité de centre-gauche à Bruxelles, sans le MR, sans le PTB, mais avec le PS. C'est votre stratégie ?
À partir du moment où le texte arrive devant le Parlement, des discussions doivent s'engager avec tous les groupes. Le MR a un pacte de sang avec la N-VA, qui va l'amener à saigner les Bruxellois. Mais cela n'engage que lui. Au PS, nous ne serons pas les collaborateurs d'une politique antisociale de régression qui s'en prend aux services publics, aux fonctionnaires, aux associations actives dans le non-marchand, etc.
Le PS a toujours dit que David Leisterh, le chef de file du MR à Bruxelles, devait devenir ministre-Président. Est-ce toujours votre discours sachant que le MR dit qu'il ne peut pas gouverner avec le PS ?
Je constate que le MR ne veut pas d'un gouvernement où la gauche est représentée et qu'il a mis une exclusive sur le PS. Le PS est disponible pour toute coalition qui permettrait d'éviter que Bruxelles se transforme en appendice de l'Arizona. Les Engagés avaient proposé une solution à sept partis, en janvier (sans la N-VA, mais avec le CD&V). Mais l'Open VLD et le MR ont balayé cette solution. Ils proposent maintenant un gouvernement minoritaire (avec Défi et les Engagés), poursuivant leur obsession anti-PS.
Une majorité sans le MR? "On est tout à fait prêts à le faire, oui"
Pourquoi ne mettez-vous pas sur la table cette piste d'un gouvernement de centre-gauche, sans le MR ? Parce les Engagés ne voudraient pas lâcher le MR ?
Je ne peux pas répondre à la place des autres. Mais à partir du moment où je dis que le PS est disponible pour toute coalition, on est tout à fait prêts à le faire, oui. En partant du principe que le MR a clairement dit ne pas vouloir gouverner avec le PS. Dont acte. Dès lors, si de nouveaux schémas sont possibles, le PS est tout à fait disponible.
Cela nécessite que les Engagés acceptent de vous suivre pour voter le budget, puisque le MR dit ne pas vouloir travailler avec vous.
Il me semble avoir compris d'Yvan Verougstraete (président des Engagés) qu'il était favorable à l'adoption d'un budget.
Les Engagés pourraient donc se désolidariser du MR, avec qui ils sont présents presque partout ?
La question est celle-ci : Bruxelles est-elle prioritaire ou pas ? Ou fait-on d'abord passer ses intérêts partisans ? Le choix est clair : soit on choisit Bruxelles, soit on choisit l'Arizona.
Le MR concourt à une stratégie de pourrissement. On peut se demander si ce n'est pas intentionnel, et si cela ne vise pas à justifier une éventuelle tutelle financière. Je dénonce ce cynisme."
Georges-Louis Bouchez a estimé qu'une tutelle sur Bruxelles pourrait être inévitable.
Certains passent plus de temps à menacer Bruxelles qu'à trouver des solutions pour assainir les finances publiques. On est face à l'échec de la méthode MR. C'est la politique du gaufrier : la main gauche est dans le gaufrier, tandis que la droite devrait signer un accord de gouvernement d'austérité, avec la N-VA, et qui met fin aux politiques de logement, asphyxie le secteur non-marchand…. Ce chantage-là, nous ne l'acceptons pas. Quant à la crédibilité d'une mise sous tutelle politique, Bart De Wever lui-même a rappelé que les lois spéciales ne le permettent pas. Et pour la mise sous tutelle financière, il faut avoir assez de complices au niveau fédéral que pour l'imposer. Moi, je pars du principe que la Région bruxelloise a assez de capacité pour pouvoir assainir ses finances publiques. Le moment de vérité est arrivé : qui est prêt à faire un budget 2025, puis 2026, 2027 et les suivants ? Je rappelle qu'une solution était possible au mois de février (NdlR : MR-PS-Engagés-Groen-Vooruit-Open VLD-CD&V). En balayant cette formule en raison d'un scotchage à la N-VA, le MR concourt à une stratégie de pourrissement. On peut se demander si ce n'est pas intentionnel, si cela ne vise pas à justifier une éventuelle tutelle financière.
Ce vendredi, Rudi Vervoort (PS), ministre Président bruxellois, est sorti de sa réserve médiatique, estimant que Bruxelles pouvait encore échapper à une dégradation de sa note par Standard & Poors. Tout va très bien, Madame la marquise ?
Pas du tout. Mais le discours catastrophiste de certains sert un intérêt politique partisan. C'est typique de la droite, qui veut imposer sa politique d'austérité et saigner les Bruxellois.
Tous les partis admettent que la situation budgétaire est dramatique…
Oui, et nous sommes tous d'accord. Mais dire que Bruxelles est en état de faillite, c'est un mensonge. L'agence régionale de la dette dit clairement que les capacités de financement de la Région bruxelloise ne sont pas menacées à court terme. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas prendre la mesure de l'aggravation du déficit et de l'endettement. Mais nous avons la capacité de résorber ce déficit.
Ne regrettez-vous pas, au vu du pourrissement de la situation actuelle, de ne pas avoir entendu les avertissements de Charles Picqué, qui estimait que votre veto contre la N-VA risquait d'enfermer Bruxelles dans un blocage total ?
Soit on a des principes et des valeurs, soit on n'en a pas. Je ne crois pas qu'on puisse défendre la Région bruxelloise en permettant à un parti nationaliste, séparatiste, anti-belge, dont le programme est la négation de Bruxelles, d'occuper, grâce au MR, une place au gouvernement bruxellois. Une place qui, en plus, ne se justifie pas d'un point de vue politique et démocratique.