Alain Maron: "Un pass sanitaire à Bruxelles? Oui, si nos chiffres ne s'améliorent pas d'ici la fin septembre"
Outre les quatre centres de vaccination encore ouverts, 30 à 40 points mobiles vont être déployés sur le territoire de la capitale. Afin de cibler le public des 12-17 ans, la Région va vacciner près et dans les écoles. Le ministre Maron est favorable à l'extension du Covid safe ticket, sous conditions.
- Publié le 24-08-2021 à 06h35
- Mis à jour le 24-08-2021 à 12h20

Bruxelles, capitale belge et de l'Europe, peine à vacciner ses habitants. Sur la brèche, le ministre régional bruxellois de la Santé, Alain Maron (Écolo), livre son plan pour changer la donne.
Ce mardi matin, vous présenterez les actions destinées à intensifier la vaccination des Bruxellois. Concrètement, qu'allez-vous mettre en place ?
Outre les quatre centres de vaccination encore ouverts, l'idée est d'avoir entre trente et quarante dispositifs décentralisés, sous différentes moutures. Ces lieux seront mobiles, ciblés dans les 43 quartiers où la vaccination est plus faible. Je pense ici aux vacci-bus, aux lieux décentralisés (tels que l'hôtel de ville de Molenbeek) ou des lieux de culte comme nous l'avons déjà fait. Nous allons également intensifier la collaboration avec les pharmaciens - même s'ils ne vaccinent pas - d'une part et, d'autre part, les médecins, qui peuvent vacciner depuis le mois de juillet.
Allez-vous également cibler les plus jeunes, les adolescents ?
Oui, nous allons travailler avec le milieu scolaire et le milieu sportif. Sur les 12-17 ans, l'adhésion automatique au vaccin est exceptionnellement faible à Bruxelles. Nous allons donc mettre en place des dispositifs pour aller vers les jeunes. Nous sommes en train d'élaborer un programme d'actions spécifiques de sensibilisation et de vaccination avec la Cocom, la Fédération Wallonie-Bruxelles, l'ONE et la VGC. Cela passera par des bus de vaccination à proximité des écoles, le renvoi vers un lieu de vaccination proche d'une école et, le cas échéant, par la vaccination directe dans les écoles. À Bruxelles, le taux de vaccination des 12-17 ans est faible partout. Par conséquent, il y a des besoins partout.
Il n'y a pas que les adolescents qui rechignent à se faire vacciner.
Le gros nœud concerne en effet tous les Bruxellois de moins de 45 ans. Et ce, pour deux raisons. Primo : le différentiel avec les autres régions est d'autant plus important que l'on descend en âge. Secundo : la pyramide des âges n'est pas du tout la même à Bruxelles : 64 % des Bruxellois ont moins de 45 ans. Ils sont 52 % en Flandre et 54 % en Wallonie. Donc l'impact de cette réticence au vaccin chez les moins de 45 ans est bien plus important à Bruxelles. Au 18 août, nous avions administré 1,285 million de vaccins à Bruxelles : 703 000 premières doses, 581 000 deuxièmes doses. C'est considérable. Parmi elles, 105 000 doses ont été administrées à des non-Bruxellois.

Comptabilisez-vous les expatriés, parfois vaccinés dans leurs pays d'origine ?
Non. Ils n'entrent pas dans ces statistiques. Pour information, 35 % des Bruxellois ont la double nationalité. Les expatriés peuvent enregistrer leur vaccin, pour autant qu'il s'agisse d'un vaccin reconnu par l'Agence européenne des médicaments. 1700 l'ont fait pour l'instant. Nous estimons, à la grosse louche, qu'entre 3 % et 4 % de la population bruxelloise a été vaccinée en dehors du territoire bruxellois. Cela nous permet de dire que la couverture vaccinale est un peu meilleure que ce que disent les chiffres, mais on ne peut pas dire que cela change foncièrement la donne.
Depuis le début de la pandémie, on met en exergue le fait que les quartiers les plus pauvres sont, soit les plus touchés par le Covid, soit les plus réticents à la vaccination. La précarité explique-t-elle tout ?
Sur un plan international, on voit partout une corrélation entre la situation socio-économique d'une région, d'une ville, d'un quartier et les déterminants de la vaccination. Donc cela joue. Est-ce le seul élément ? Non. Il y a effectivement un élément supplémentaire : celui de la super diversité de Bruxelles, du nombre très important de gens qui ne parlent ni le français ni le néerlandais, qui ne s'informent pas du tout via les médias traditionnels, qui sont plus éloignés de tout ce qui est fonctionnement institutionnel belge. Bruxelles est une ville super diverse et super complexe. Et il est certain que la crise du Covid met en exergue toutes les failles de la ville.
Envisagez-vous de recourir, à court terme, à un pass sanitaire à Bruxelles ?
Si nous ne parvenons pas à contenir l'épidémie à Bruxelles d'ici la fin septembre, il faudra réfléchir - avec toutes les parties prenantes - à l'opportunité d'étendre le champ d'application du Covid safe ticket. Cela dépendra de trois facteurs : les taux de vaccination par tranche d'âge, le taux d'infection et les hospitalisations. Pour le moment, le virus circule trop à Bruxelles, notamment à cause des retours de voyage hors de l'Union européenne, qui sont conséquents. On a parfois des taux de positivité qui dépassent les 10 %. C'est le cas, par exemple, pour le Maroc où le taux de positivité au Covid pour les retours est de 12 %. C'est gigantesque. Pour les retours de zone rouge en Europe, on enregistre un taux de 6 %. Quant aux hospitalisations, elles sont pour le moment sous contrôle mais sous haute surveillance. Car j'insiste : sans la vaccination, avec les variants - dont le Delta qui représente 95 % des contaminations -, je pense que l'on serait au bord du lockdown.

"Le fédéral doit renforcer le contrôle des retours à l'aéroport"
À quels secteurs de la capitale pourriez-vous étendre ce Covid safe ticket ?
Le monde de l'entreprise est favorable à ce que l'on puisse le faire car il préfère pouvoir mener des activités avec un Covid safe ticket que de ne pas les mener du tout. C'est tout à fait compréhensible. Si un Covid safe ticket devait être étendu à Bruxelles, j'insiste, il doit avoir une durée limitée et doit pouvoir se faire sur la base d'un cadre légal solidement établi. De tels dispositifs ne doivent être activés que si c'est véritablement utile et nécessaire.
Le principe même d'un pass sanitaire "à la française" fait-il l'objet d'un consensus au sein du gouvernement bruxellois ?
À ce stade, cela n'a pas fait l'objet de discussions au sein du gouvernement. Le ministre-Président Rudi Vervoort et moi-même sommes sur la même longueur d'ondes : nous ne sommes pas opposés a priori à l'extension du Covid safe ticket, mais après évaluation des chiffres et en concertation avec tous les secteurs concernés. Des discussions préliminaires avec ces derniers sont d'ailleurs déjà en cours à ce sujet.
Pour le reste, j'insiste, la rentrée constitue bien évidemment un risque puisque les gens rentrent de vacances. Je garde cela en mémoire : l'an dernier, à l'issue du dernier Conseil national de sécurité de Sophie Wilmès (alors Première ministre, NdlR), il avait été décidé de relâcher les mesures de précaution au moment même où la situation épidémiologique se détériorait. Ce qui était un contresens ! C'est aussi pour cette raison que nous avons choisi de ne pas le faire vendredi dernier à Bruxelles. En décidant d'opérer des assouplissements à Bruxelles, nous aurions agi à contretemps.

Plus loin encore, pourriez-vous envisager d'imposer l'obligation vaccinale au personnel autre que soignant, par exemple dans le secteur public, à Bruxelles ?
Certains décideurs politiques évoquent cette idée à demi-mot mais sincèrement, ce n'est pas réellement sur la table. Cela a été mis sur la table et décidé pour le personnel soignant, mais pas au-delà de cela.
Depuis quinze jours, le fédéral déclare cycliquement qu'il va intensifier le contrôle des retours à l'aéroport. Sur le terrain, on ne voit pas grand-chose bouger.
Cela reste insuffisant. Le fédéral doit assumer son rôle. La Région et les communes assument leurs rôles sur le suivi des contacts mais pour le reste, c'est au fédéral de renforcer les contrôles à l'aéroport. Il faut contrôler personne par personne, sur les vols de retour des pays avec les taux d'infection les plus élevés. La police des frontières doit faire son travail à Zaventem, à Charleroi, à la gare du Midi !
