Le MR travaille une approche plus technocratique pour former un gouvernement bruxellois : "L'esprit, c'est une note à la Mario Draghi"
Les libéraux, qui ont été mis sous pression par Yvan Verougstraete, tentent de rassurer les Engagés. Ils ont bien l'intention de proposer une note équilibrée de plus de 120 pages, ces prochains jours, en vue de former un gouvernement bruxellois.

- Publié le 20-05-2025 à 06h35
- Mis à jour le 20-05-2025 à 11h30
Des doutes ont émergé, chez les Engagés, quant à la capacité (et à la volonté) du MR d'enfin former un gouvernement bruxellois, près d'un an après les élections.
Un axe MR-Engagés, rappelons-le, s'est formé au gouvernement wallon et à l'échelon fédéral. Il existe également dans les négociations bruxelloises. Mais jusqu'à quand ?
Le président des Engagés, Yvan Verougstraete, a mis un coup de pression sur son partenaire, ce samedi dans La Libre. Le Bruxellois a dit soutenir l'initiative du MR, qui prévoit d'envoyer une déclaration de politique générale en juin. Mais, comme rien n'a l'air de bouger, il commence à s'impatienter. "Soit des gestes sont faits d'ici à une semaine à dix jours maximum qui nous laissent croire qu'il y a une volonté de faire monter le PS ou Écolo autour d'un projet. Soit il faudra tirer les conclusions que cette initiative du MR n'est pas crédible. Et alors, on sera dans un autre monde", a déclaré Yvan Verougstraete.
Cette dernière phrase laissait entrevoir une menace à peine voilée : celle de voir les Engagés chercher une formule alternative, dont celle d'un gouvernement avec le PS et sans le MR…
Un coup de fil de Bouchez à Verougstraete
Ces propos ont donné lieu à une discussion, ce samedi, entre Georges-Louis Bouchez et Yvan Vergoustraete.
Ils n'ont pourtant pas entamé la conviction du président du MR, qui l'a d'ailleurs partagée avec ses troupes ce lundi en conseil du MR : en substance, Georges-Louis Bouchez ne croit pas une seconde que les Engagés briseront leur axe avec le MR pour aller se jeter dans les bras du PS.
"Qui peut croire que les Engagés vont entrer avec Ahmed Laaouej dans un gouvernement de résistance à l'Arizona ?", pointe un proche du président.
La vision du président, toutefois, est loin d'être partagée par tous, en interne.
Certains, au sein du MR bruxellois, prennent la menace des Engagés au sérieux et craignent de voir David Leisterh, grand vainqueur des élections régionales bruxelloises, faire les frais d'une alliance entre le PS et les Engagés. "Une série d'éléments, ces dernières semaines, nous laissent à penser qu'un rapprochement s'opère entre Ahmed Laaouej et les Engagés. L'interview d'Yvan Verougstraete donne l'impression qu'ils préparent le terrain…", note une source libérale.
À ce stade, toutefois, le coup de pression de l'ex-CDH ne bouleverse pas les équilibres. Le MR travaille sur une note de négociation. Il sait désormais qu'il doit mettre les bouchées doubles. Selon nos informations, cette note pourrait être envoyée aux autres partis dans le courant de la semaine prochaine, sans doute un peu avant la date annoncée du 1er juin.
En coulisses, les Engagés jurent leurs grands dieux qu'ils n'ont aucun plan caché visant à lâcher le MR. "Nous n'avons rien à gagner dans une alliance avec le PS", glisse une source chez les Engagés. Les mêmes reconnaissent cependant qu'ils perdent patience face à des négociations à l'arrêt depuis près de deux mois, et aux méthodes peu apaisantes de Georges-Louis Bouchez.
Le contenu de la note promise par les libéraux sera peut-être décisif pour l'avenir des relations MR/Engagés.
"Mon espoir, ma demande et mon a priori, c'est que le MR va venir rapidement avec un texte capable de rassembler une majorité autour d'un projet réaliste pour Bruxelles. À ce moment là, on verra clairement qui veut offrir une solution à Bruxelles, au delà des petits jeux politiques".
"Mon espoir, ma demande et mon a priori, c'est que le MR vienne rapidement avec un texte capable de rassembler une majorité autour d'un projet réaliste pour Bruxelles. À ce moment-là, on verra clairement qui veut offrir une solution à Bruxelles, au-delà des petits jeux politiques…", indique Yvan Verougstraete. Le président des Engagés, en effet, espère un texte consensuel qui prenne en compte les desiderata des Engagés, mais aussi des partis de gauche, sans qui il ne peut y avoir de majorité.
Si le message des centristes est autant martelé, c'est que certains craignent de voir aboutir une note MR/N-VA sans compromis avec la gauche. Une telle note n'aurait pour objectif que d'être rejetée par le PS, qui récupérerait le valet noir.
"Ce sur quoi nous travaillons, c'est un document d'experts, dont le cœur sera budgétaire, et qui reprendra les recommandations d'institutions reconnues par tous : la Cour des comptes, l'institut des comptes nationaux, le comité de pilotage, l'OCDE, etc. Le but, c'est d'objectiver la situation, avant de politiser les discussions. L'esprit, c'est une note à la Mario Draghi, basée sur l'avis de technocrates, pointe une source libérale. Ensuite, on ouvrira cette note à la discussion politique, lors de débats au Parlement bruxellois. Ce ne sera pas une note à droite toute et elle ne sera pas à prendre ou à laisser."
Écolo rejette la piste d'une majorité de gauche
Reste à voir comment le document, qui ferait déjà plus de 120 pages, sera reçu par les socialistes, qui travaillent en parallèle sur une autre piste…
Ahmed Laaouej a pris des contacts avec plusieurs partis pour mettre en place un budget. C'est sur cette base qu'il espère former une majorité de gauche "anti-Arizona", avec Écolo, qui serait soutenue potentiellement de l'extérieur par le PTB. Ce lundi matin, sur la RTBF, Zakia Khattabi a toutefois rejeté sans ménagement l'idée d'un gouvernement minoritaire "quel qu'il soit", refusant en outre "de former un gouvernement sans le MR" et sans le PS.
Le MR et le PS n'ont sans doute pas d'autre choix que de s'entendre. La même conclusion avait déjà été tirée au lendemain des élections du 9 juin 2024…