Qu'est-ce qui fait courir Kour aux Rencontres de Huy

Quel bonheur, on ne le dira jamais assez, que d'entrer dans une salle obscure pour y deviner, dès la première réplique, que le spectacle sera bon. C'est ce grand plaisir que nous ont offert à Huy la Compagnie de la Casquette et les Ateliers de la Colline. En revanche, "Kour" qui devait faire événement à ces Rencontres de théâtre jeune public n'a pas répondu aux attentes.

PAR LAURENCE BERTELS
Qu'est-ce qui fait courir Kour aux Rencontres de Huy

CRITIQUE

Quel bonheur, on ne le dira jamais assez, que d'entrer dans une salle obscure pour y deviner, dès la première réplique, que le spectacle sera bon. C'est ce grand plaisir que nous ont offert à Huy la Compagnie de la Casquette et les Ateliers de la Colline. En revanche, "Kour" qui devait faire événement à ces Rencontres de théâtre jeune public n'a pas répondu aux attentes.

Mise en scène par l'intéressant chorégraphe Gilles Monnart sous la direction artistique de Franco Dragone, la nouvelle création de la Compagnie des Mutants, appelée à être jouée au théâtre "Liberty" de New York, souffre d'accents trop aseptisés, trop américanisés. La grande qualité des huit comédiens, la beauté de la chorégraphie, le savant choix de costumes colorés, des musiques appropriées, des notes d'humour et de poésie dans cette cour de récré où courent les acteurs, défilent les saisons, les interdits, les espérances et les déceptions, tout cela laisse le spectateur de glace. L'envol se fait attendre. Ni cirque, ni danse, ni théâtre, "Kour" manque soit d'acrobaties, soit d'entrechats, soit de propos dans un secteur où toutes les audaces sont pourtant permises.

Certes, la Compagnie nous parle de "work in progress" et de réelle première le 27 septembre, mais il est regrettable de montrer aux Rencontres de Huy, fréquentées par huit cents professionnels du spectacle ou de l'enseignement, un ouvrage dit inachevé. L'indulgence, il est vrai, n'est pas toujours de mise dans ce festival où les créations se succèdent au fil des heures et où comparaison devient parfois raison.

CHAPEAU POUR LA CASQUETTE

Confidence pour confidence, en allant à la découverte de "Kour", nous étions encore tout éblouis par "La nuit des chimères" de la Compagnie de la Casquette qui nous plonge dans les ténèbres passionnantes de la mythologie grecque mêlée d'un soupçon d'épopée. S'y côtoient donc centaure, sirène, sphinx, satyre, minotaure, méduse et... le devin Tirésias qui arrive, à l'aube de la nuit, près de la fontaine Castalie dont le bruit berce l'ouïe.

Aveugle, Tirésias ne voit pas le présent mais devine le futur. Il se plaint de l'oubli, s'en désole auprès de Prométhée, se perd dans ses rêveries lorsque surgit Chiron, le roi des centaures. L'arrivée au trot du monstre provoque surprise et risée. Très beau coup de théâtre: la créature est étonnante, ses mouvements de flanc et de queue des plus heureux. Commence alors un dialogue en grec ancien et en français, teinté d'humour et d'histoire, entre le vieil homme et le centaure las d'être immortel. S'ensuivent, de manière parfois répétitive ou didactique, d'autres créatures fascinantes dans ce spectacle où le visuel, tellement important pour les enfants, n'a pas été oublié.Écrit et mis en scène par Christian Baggen - encore lui! -, "La nuit des chimères", qui prend quelques libertés par rapport à la légende, s'étoffe d'une note philosophique chère à l'auteur. Remarquablement interprétée, entre autres, par Jean-Luc Piraux qui campe ici un vieil homme divinement sage, insolent et parfois grossier, nom de Zeus!

La dernière création de la Casquette ose le pari de ne point prendre les enfants pour de tendres ignares.

Et qu'importe s'ils ne maîtrisent pas toutes les ficelles des légendes immortelles pour jouir des références chères aux adultes.

Ils auront au moins le plaisir d'apprendre les fondements de notre histoire, la joie de voir se mouvoir des êtres hybrides, d'admirer les détails soignés et le jeu réel de chacun d'entre eux ainsi que de goûter à l'humour d'une érotisation parfois exacerbée; seins, mamelles et sexe exorbitant étant clairement admis.

ET MOI

"Et moi..." pourrait alors rappeler les Ateliers de la Colline de peur d'être ignorés ici. Quelle vivacité, quel humour, quelle fine perception de la complexité enfantine dans cette tranche de vie perdue au fond des bois! Quelle bonne idée surtout que d'aborder un péché non mignon, celui de la jalousie tapie en chacun de nous et toujours encline à nous trahir.

Natacha attend son père dans la cour de récré. En vain. Pour se faire pardonner, il l'emmène écouter le brame du cerf avec Hugo, son filleul, au grand dam de Natacha jusqu'à ce que débarque une invitée des plus indésirées, la nouvelle copine de Papa, qui fait tout, et plus encore, pour mériter l'affection d'une fillette jalouse et peu soucieuse de faire le moindre effort.

Tous les mauvais coups sont alors permis. Tous les éclats de rire aussi. Comme souvent, dans les bons spectacles jeune public, chacun se retrouve, au point d'en rosir, dans les personnages qu'incarnent avec un égal talent Isabelle Darras, Renzo Eliseo, Dominique Renard et Renaud Riga mis en scène par Jean Lambert.

... ET LES AUTRES

D'autres spectacles méritent encore, pour l'une ou l'autre raison d'être commentés et le seront d'ailleurs dans notre dossier récapitulatif de "La Libre Culture" du 29 août. Allons, encore cinq fois dormir et dix-sept histoires à découvrir.

© La Libre Belgique 2001

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