Jeune public: égalité dans la qualité
Parmi les 26 créations présentées à Huy cette année, celles des anciennes compagnies de théâtre pour enfants et adolescents tirent le niveau vers le haut. Leçon ?
- Publié le 24-08-2001 à 00h00

BILAN
Jusqu'au bout, les Rencontres de théâtre jeune public organisées depuis 17 ans à Huy réservent d'heureuses surprises. Confiant dans le professionnalisme de compagnies très réputées, le spectateur espère aussi découvrir de nouveaux venus, prêts un jour à assurer la relève. Celle-ci pourrait être difficile tant le mouvement né au lendemain de mai 68 est porteur de message, de sincère et difficile volonté d'initier les enfants à la culture.
Ouvert par le séduisant "Iota danse" de la jeune Compagnie Iota qui invite à un tour du monde dansé sur fond de chants tibétains, de berceuses bretonnes, de sonates de Bach, le festival se referme sur une "Carte postale" dont la lecture dansée, elle aussi, arrache quelques larmes. L'émotion qui émane de la chorégraphie de Félicette Chazerand, Gustavo Corso et Jean-Luc Yerlès est intensifiée par les musiques originales de Daniel Dejean et Paul Pasquier qui lorsqu'elles sont hispanisantes emportent réellement notre faible humanité. Alors, le temps s'évade de la boîte aux lettres et se transforme en facteur pour traverser les saisons de la vie et sauver la folie qui lui est nécessaire. Tantôt jeune fille, tantôt grand-mère, Félicette Chazerand adapte ses pas, son rythme, sa souplesse au rôle qui lui est imparti. Tout comme le danseur Gustavo Corso, facteur, amant ou petit-fils. Chaque saison dévoile ses atouts, ses farces, sa chaleur, sa fraîcheur. Réel moment de poésie, la chorégraphie de "Parcours asbl" a joué la note juste pour introduire la danse dans la touchante innocence de l'enfance.
PLUSIEURS CORDES
D'autres découvertes nous ont intéressée dans ces Rencontres d'une qualité certaine. La plupart des 26 créations présentées au cours de ce festival dévoilent en effet plusieurs cordes à leur arc. Légère et riche, "Le chien et la pie" par le Théâtre Maât, qui pour la première fois s'intéresse aux plus jeunes, offre l'émotion toujours recherchée. Car, si le spectateur sort touché, ne dit-on pas que le pari est gagné ?
Sans un mot, les deux comédiens, Olivier Nivarlet et Frédéric Lammerant, très crédibles dans leur animalité jouent la rivalité, l'inégalité, la solidarité, le danger dans une mise en scène sans parole d'Hadi El Gammal où tout, ou presque, est dit.
Citons aussi, sans tomber dans l'insupportable pli de la distribution des prix, des espoirs nourris dans la sincérité de la démarche de la compagnie Le Cri qui avec le très beau texte de Suzeanne Lebeau, "L'ogrelet", privilégie le fond à la forme et aborde notre universelle et dérangeante ogreté. Entre autres nombreux thèmes de la pièce.
Remarquablement interprété par Antoine Patigny, "On croit que c'est facile" par la Compagnie du Rat Conteur croise les importants textes de Jacques Prévert devinant que les enfants comprendront l'allusion à l'exclusion, suivront jusqu'à son gîte final cet émouvant Sans domicile fixe. Ou encore, la fraîcheur de "Fleurir" par la Compagnie Orange sanguine et le jeu parfois déjanté de deux craquantes Suisses-Allemandes à l'accent savoureux. "Est-ce qu'on ne pourrait pas s'aimer un peu ?" demande quant à lui le Théâtre Loyal du Trac, sachant que poser la question, c'est déjà y répondre. Chose faite grâce à la grande maîtrise de jeu d'acteurs, à la pertinente mise en scène de Jaco Van Dormael, à l'émulation de l'écriture collective, qui ne sont pas passées inaperçues.
LA LECON DES ANCIENS
Epinglons, et saluons surtout, le travail poursuivi par les anciennes compagnies créées pour défendre une réelle politique, marquer, en toute modestie, leur passage sur terre. Toutes poursuivent ici avec art et talent leur essentielle mission et prouvent par leur professionnalisme et leur intégrité la nécessité du genre, le théâtre pour enfants et adolescents, diffusé à l'école et encore trop souvent sous-estimé dans l'inconscient collectif. Nous pensons, notamment, à l'"Et moi" de la Colline qui observe avec finesse la psychologie de ses personnages; à la qualité de "Sous l'oranger" par le Théâtre de la Guimbarde, opéra qui nous pose et nous repose par le souffle de sa respiration; à la Galafronie qui offre à nouveau avec "Minimansô" un univers et un message denses qui touchent profondément notre intériorité; ou encore à La Casquette avec son excellente "Nuit des chimères" qui ose s'attaquer à la mythologie grecque en nous redonnant l'envie de nous connaître nous-mêmes. Autant de créations qui confirment à quel point leurs succès précédents n'étaient pas dûs au hasard.
© La Libre Belgique 2001
