Édito: un État N-VA et un État PS?
Un édito de Francis Van de Woestyne.

- Publié le 08-08-2020 à 07h04
- Mis à jour le 08-08-2020 à 20h31

Un État N-VA et un État PS dans une Belgique évanescente. Est-ce à cela que vont conduire les négociations politiques actuelles autour de Bart De Wever et Paul Magnette ? Le propos est caricatural mais la crainte est peut-être fondée.
Personne ne conteste qu'il faille réorganiser le foutoir belge. Mais il y a deux manières d'y arriver. Soit dans un contexte belge, soit dans la perspective d'une scission du pays, à laquelle on arriverait par distraction ou par lassitude.
Il faut évidemment saluer la volonté des hommes et des femmes qui tentent de trouver une solution à l'interminable crise politique. Et il y a une logique à associer les deux grands partis de chaque Communauté : la N-VA et le PS. Mais les Flamands ne sont pas tous nationalistes et les francophones ne sont pas tous socialistes. La négociation devrait donc déboucher sur un "compromis". Or, d'après les éléments connus, ce n'est pas un compromis qui se prépare, mais plutôt un "deal" : la N-VA appliquerait son ambition confédérale voire séparatiste et le PS se chargerait du volet social. Résultat ? C'est un peu comme si De Wever était devenu socialiste et Paul Magnette nationaliste…
Pour Bart De Wever, c'est nu of nooit. Il n'a pas aimé la séquence "belge" que le pays vient de vivre et les appels à la refédéralisation de certaines compétences et à la centralisation des décisions. Pour lui, il y a une fenêtre de tir qui devrait lui permettre d'inscrire à jamais son nom en lettre d'or dans le grand livre du nationalisme flamand. Pour cela, il doit entraîner le pays dans la voie d'un confédéralisme poussé à l'extrême. Quitte à faire de la Belgique une coquille vide. Le confédéralisme ne fonctionne nulle part. De plus l'objectif n'est pas d'unir deux États indépendants mais de dissocier un État fédéral.
Pour éviter la mort de cet État, il est indispensable que les francophones à la table exigent des verrous et fassent en sorte que dans le monde d'après, la Wallonie et Bruxelles (dont on semble si peu parler) soient en capacité de se développer plus vite, plus fort qu'aujourd'hui. Comme la Flandre. Il y a des pépites, de beaux succès, au sud du pays, encore trop rares.
La négociation en cours peut stabiliser le pays comme elle peut le disloquer. Les présidents de partis impliqués dans la discussion doivent se comporter en formateurs et non en curateurs.