Accord interprofessionnel : Marchandage entre employeurs et syndicats, aux frais du gouvernement
Au menu : salaire minimum, heures supplémentaires, 2e pilier de pension et prépension.

- Publié le 01-06-2021 à 20h52
- Mis à jour le 09-07-2021 à 14h25

Ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas pu se mettre d'accord sur les augmentations de salaires en 2021-2022 que les syndicats et les employeurs ne se parlent plus. Réunis au groupe des 10 (G10), ils continuent à négocier un accord interprofessionnel (AIP) sur d'autres points importants de la vie des entreprises et des travailleurs.
Au menu, quatre dossiers essentiellement : la revalorisation du salaire minimum, les fins de carrière, l'harmonisation du deuxième pilier de pension entre ouvriers et employés et un assouplissement du régime des heures supplémentaires. Toute la difficulté est de trouver un équilibre entre les trophées que chacun des deux bancs pourra brandir à l'issue de la négociation finale.
La question des pensions complémentaires ne devrait pas poser problème. Les patrons veulent réduire le rendement garanti de ces pensions et les syndicats souhaitent que l'harmonisation des régimes des ouvriers et des employés ne soit pas prise en compte dans le calcul de la marge salariale. Mais les deux camps pourraient s'entendre pour reporter le délai d'harmonisation de 2025 à 2030. Cela ferait un problème évacué.
Le dossier de l'augmentation du salaire minimum est bien avancé également. Le gouvernement a pris des engagements en la matière. Des calculs sont en cours de réalisation pour jauger l'impact budgétaire de la hausse.
Les deux derniers dossiers sont plus sensibles et semblent désormais faire l'objet d'une sorte de troc entre organisations patronales et syndicales. D'une part, afin de permettre la relance post-Covid, les employeurs sont demandeurs d'une prolongation des assouplissements actuels dans le régime des heures supplémentaires (220 heures possibles par an au lieu de 120 ; fiscalité avantageuse). Les syndicats, quant à eux, exigent des possibilités élargies de recours à la prépension (régime de chômage avec complément d'entreprise ou RCC) en cas de restructuration ainsi que pour les métiers lourds.
Amortir le choc de la crise
À l'heure actuelle, si l'on en croit la FGTB, les propositions sur la table du G10 sont déséquilibrées. Raison pour laquelle le syndicat socialiste s'est fendu ce week-end d'un communiqué de presse énervé, bravant ainsi la consigne de discrétion que s'étaient fixée les négociateurs. La FGTB rappelait ainsi ses exigences, assorties d'une menace d'actions : amélioration substantielle du salaire minimum qui s'enclenche dès 2022 et qui se poursuit progressivement ; maintien du RCC, y compris dès 58 ans dans les entreprises en restructuration et pour les métiers lourds ; maintien des emplois de fin de carrière à 4/5e temps dès 55 ans et accès au mi-temps également dès 55 ans. La FGTB, comme les autres syndicats, craint en effet une flopée de fermetures et de restructurations une fois que les aides Covid du gouvernement aux entreprises prendront fin. Pour elle, ces dispositifs seront nécessaires pour amortir le choc.
La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) n'a pas apprécié cette sortie du syndicat socialiste en pleine négociation. Unizo non plus. Au nom des PME flamandes, elle a dénoncé les demandes en matière de prépension, qui pourraient encore compliquer la tâche des entreprises flamandes confrontées à une pénurie de main-d'œuvre. C'est moins le cas côté francophone, où il y a davantage de possibilités de recruter un travailleur plus jeune à un salaire moins élevé. Ces exigences syndicales braquent également l'Open VLD, le parti du Premier ministre, qui ne veut pas que l'on fasse marche arrière sur les prépensions alors que, ces dernières années, l'âge d'accès à ce régime a été progressivement relevé à 60 ans. "C'est un dossier plus politique que budgétaire", commente une source syndicale.
Qui paie l'addition ?
Les négociations entre représentants des travailleurs et des employeurs vont cependant reprendre. Un important G10 est programmé ce vendredi. Avant et après cela, un gros travail technique est à réaliser. Il s'agit d'estimer ce que coûtera chaque mesure.
Les deux bancs ont sorti leurs calculettes avant d'entrer dans la négociation finale, que chacun semble aborder avec la volonté d'aboutir. En théorie, le G10 a jusqu'au 9 juin pour trouver un accord. Après, tout cela devra encore être approuvé par le gouvernement fédéral. Ce qui ne sera pas nécessairement chose aisée, tant sur le principe d'un assouplissement du recours aux prépensions que sur la facture qui lui sera présentée par les interlocuteurs sociaux.