"Mettre 250 euros pour en gagner 30 000, c'est tellement gros…": Bruno Colmant alerte sur des deepfakes usurpant son identité
Des escrocs utilisent des deepfakes de l'économiste belge pour promouvoir de fausses promesses d'investissement. Une arnaque facilitée par l'IA quasi impossible à enrayer, alerte l'économiste.

- Publié le 17-02-2026 à 09h15
- Mis à jour le 17-02-2026 à 10h45

Depuis plusieurs jours, une publicité circule sur YouTube et autres plateformes comme Facebook et WhatsApp. On y voit Bruno Colmant, économiste et membre de l'Académie Royale de Belgique, parler d'investissement et promettre des gains trop beaux pour être vrais. "Je parle d'économie, c'est une sollicitation de gens pour des produits financiers. Ils mettent 250 euros et ils recevraient 30 000 euros. Enfin, un truc qui n'a aucun sens, évidemment", résume l'économiste, dont l'image et la voix ont été détournées à l'aide d'un deepfake.

Dans cette tentative de phishing (une technique de cyberescroquerie dont le but est de voler des données sensibles), Bruno Colmant n'est pas le seul visage connu. On y aperçoit aussi Paul Magnette, président du PS, ainsi que Stéphanie Koplowicz, députée PTB au Parlement bruxellois. Le montage est pensé pour ratisser large.

Pas de réponse des autorités
Le montage sème visiblement le doute "Il y a des gens que je connaissais qui m'ont contacté parce que c'était très bien fait", explique Bruno Colmant. "D'un point de vue comportement, notamment, c'est vrai que c'est assez bien fait". Cependant, un détail trahit la supercherie. "La voix était un peu bizarre, un peu métallique, alors que j'ai une voix plutôt rauque. Quelqu'un qui me connaît voit bien que ce n'est pas ma voix".
Une fois alerté, l'économiste a tenté de réagir. Il a alors écrit à Safeonweb, la plateforme de signalement de fraudes en ligne gérée par le Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB). Seulement, "je n'ai pas eu de réponse", regrette-t-il.
Si aujourd'hui on arrive à faire ça, en deux ou trois ans, avec des techniques informatiques qui vont être foudroyantes, on sera certainement capable de parfaitement synthétiser ma voix."
Il a aussi essayé aussi de remonter la piste des fraudeurs. "J'ai essayé de pister les numéros de téléphone. Il y avait un numéro allemand, un numéro polonais et deux numéros belges". Mais là encore, rien. "Quand j'ai essayé de les contacter sur les numéros belges, ça se bloque directement. Qu'est-ce que vous voulez faire contre ça ?"
Les personnalités publiques en première ligne
Bruno Colmant est loin d'être le seul à être victime d'usurpation d'identité dans le but d'escroquer de l'argent. D'autres, comme Alexander De Croo, le roi Philippe ou même plus récemment la journaliste de la RTBF Justine Katz ont été victimes de "deepfakes" alimentés par l'IA. Pour l'économiste, le fait d'être une personnalité publique facilite même le travail des escrocs. "En matière d'usurpation d'identité, on est plus facilement une victime quand on est connu. Quelqu'un peut vraiment cerner vos tics de langage, votre profil, votre image".
Mais malgré cette situation qu'il trouve particulièrement "dérangeante", il choisit pourtant de ne pas déposer plainte. "Il m'a semblé plus efficace de dire à chaque personne qui m'a contacté : 'Dites à tous les gens qui reçoivent ça que c'est un fake'". Et de prévenir directement sur les réseaux sociaux. "J'ai mis plusieurs avertissements sur mon Twitter et sur mon LinkedIn, où je suis quand même très suivi".
"Ma crainte, évidemment, c'est que les personnes tombent dans le piège", s'inquiète Bruno Colmant. Même si la promesse paraît énorme. "Mettre 250 euros pour en gagner 30 000, c'est tellement gros…"
Au fond, le plus inquiétant reste l'impossibilité de riposter. "C'est impossible de savoir d'où ça vient. C'est comme se battre contre un ennemi qu'on ne connaît pas dans la nuit." Et pour l'économiste, l'avenir n'est guère rassurant. "Si aujourd'hui on arrive à faire ça, en deux ou trois ans, avec des techniques informatiques qui vont être foudroyantes, on sera certainement capable de parfaitement synthétiser ma voix. Il va falloir s'adapter".