Forte hausse des emplois dans la fonction publique à Bruxelles: les explications des administrations tiennent-elles la route ?
La dernière réforme de l'État est-elle la principale raison qui justifie la forte hausse des emplois à la Région bruxelloise révélée par La Libre ? Ou est-ce la bonne excuse ? Enquête auprès des principales institutions concernées.

- Publié le 29-01-2025 à 12h32
- Mis à jour le 29-01-2025 à 18h18

Il y a quelques jours, La Libre publiait en primeur un tableau montrant la forte augmentation du personnel dans la fonction publique à Bruxelles. Entre 2005 et 2023 (derniers chiffres disponibles), on est passé de 6 640 à 11 232. Cela englobe 21 institutions. Si on ajoute la Stib, on arrive à près de 22 000 personnes. Il faut donc compter quasiment un fonctionnaire pour 100 habitants à Bruxelles. C'est beaucoup.
Actiris et Bruxelles Environnement
Les deux plus importants organismes qui affichent les hausses les plus notables sont Actiris et Bruxelles Environnement. Comment l'expliquer ? Pour justifier cette inflation du personnel, les institutions concernées invoquent notamment les réformes de l'État (et notamment la dernière qui remonte à 2014), qui ont eu pour effet d'augmenter les missions à remplir. On a essayé de voir si cette explication tenait la route.
Pour Bruxelles Environnement – qui employait 1 238 personnes en 2022, soit le double par rapport à 2005 -, plusieurs compétences se sont effectivement ajoutées en raison des dernières réformes, notamment en matière de climat, de gestion de déchets et d'énergie. Lors de la dernière réforme de l'État, Bruxelles Environnement a aussi hérité du bien-être animal. Mais qui induit "un nombre limité d'emplois" en plus, reconnaît Pascale Hourman, porte-parole de Bruxelles Environnement.
En tout, cela fait combien d'emplois en plus concernés ? Impossible à savoir. D'autant que s'ajoute aussi la couche de la réglementation européenne qui mobilise beaucoup de moyens. "Il y a au moins 30 directives européennes qui ont un impact sur la politique du sol depuis 2005", donne comme exemple la porte-parole.
Autre élément qui joue : l'intervention de l'administration, notamment en matière d'espaces verts, pour le compte des communes. Lesquelles sont "en demande" étant donné qu'elles n'ont plus assez de marges financières.
Chez Actiris où l'emploi a doublé en 20 ans (pour atteindre 1 569 personnes fin 2023), l'impact de la sixième réforme de l'État est aussi pointé du doigt. "Elle a eu un effet important vu les nouvelles compétences et champs d'action conférés à Actiris dans ce cadre. Il faut prendre conscience que suite à la réforme de l'État, les budgets d'Actiris ont doublé. Indépendamment du personnel transféré et lié à la gestion des compétences que la Région devait accueillir, ceci a également nécessité un renforcement des fonctions de support", explique le porte-parole Romain Adam. Exemples de nouvelles compétences : l'octroi des dispenses au niveau de la disponibilité des chercheurs/euses d'emploi ou la création du stage First.
Dénominations absconses
D'autres institutions comme Perspectives Bruxelles (173 personnes), invoquent aussi des nouvelles missions sans toutefois parler de réforme de l'État. Des missions héritées dans certains cas d'autres administrations et aux dénominations parfois assez absconses. Exemples : "les spending reviews ; les observatoires du logement ; le guichet des occupations temporaires ; le service de la participation…"
À la SRLB qui est axée sur le logement social, l'emploi est passé de 88 à 203. Ce qui équivaut à une hausse de 128 %. L'institution spécialisée dans le logement social met notamment en avant l'évolution des crédits d'investissement en euros pour les rénovations : le budget est passé de 38 millions d'euros en 2014 à 143 millions en 2024.
Chez Citydev, qui a aussi certains aspects du logement dans ses compétences, on invoque notamment le contrat de gestion 2021-2025 qui est allé de pair avec "un renforcement de missions déléguées". Et de citer notamment la gestion et le traitement des sols pollués (qui n'est donc pas sous la coupole de Bruxelles Environnement…).
Il faut savoir que chacune de ces 21 institutions a sa propre direction générale. La rémunération de leurs CEO oscille entre 125 et 150 000 euros bruts par an. Le patron de la SRLB Yves Lemmens a même eu droit à plus de 150 000 euros au cours de ces dernières années.
En rationalisant le nombre d'administrations régionales, non seulement nous simplifierons Bruxelles mais nous parviendrons aussi à supprimer les doublons."
Réaction politique
Cette hausse de l'emploi ainsi que certains chevauchements de compétences a-t-elle fait débat au sein du gouvernement Vervoort ? Le mot débat est sans doute trop fort. La coalition sortante semble avoir juste eu une réflexion qui a mené à des décisions de gel des engagements depuis 2023.
"À mon initiative, le gouvernement bruxellois a imposé un moratoire sur le recrutement de personnel dans les administrations régionales en 2023. Cela était nécessaire pour prendre des mesures budgétaires après les années de crise 2020-22. Pour 2024, les chiffres ne sont pas encore finalisés et font l'objet de recherches plus approfondies, mais les premiers signaux pointent vers une réduction du nombre de fonctionnaires régionaux. Le moratoire porte donc ses premiers fruits. Il sera maintenu dans les affaires en cours", répond le ministre Open VLD Sven Gatz, en charge de la fonction publique. Et d'ajouter que "des efforts supplémentaires ne pourront être déployés que par un nouveau gouvernement bruxellois doté des pleins pouvoirs".
Le ministre de l'Emploi Bernard Clerfayt (DéFI) plaide, quant à lui, pour une rationalisation de ces nombreuses institutions mais en veillant à éviter un bain de sang social. "En rationalisant le nombre d'administrations régionales, non seulement nous simplifierons Bruxelles mais nous parviendrons aussi à supprimer les doublons. Pour autant, ce travail de rationalisation ne doit pas s'accompagner de licenciement. Il faut pouvoir fixer des moratoires sur les engagements et n'ouvrir des dérogations que pour des fonctions particulièrement critiques", nous explique-t-il.
Reste donc à voir donc si le futur gouvernement mettra cette rationalisation dans ses priorités.