Irak: Les Kurdes ne lâcheront pas Kirkouk de sitôt
La prise de la ville pétrolière, avant qu'elle ne le soit par l'EIIL, met Bagdad au pied du mur. Un éclairage de Vincent Braun.
- Publié le 25-06-2014 à 21h03
- Mis à jour le 26-06-2014 à 07h19

L'offensive des jihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) sert-elle la cause kurde ? Lancée il y a quinze jours depuis des zones du nord de l'Irak jouxtant la région autonome du Kurdistan, l'opération des insurgés sunnites radicaux a poussé les forces de sécurité kurdes irakiennes - les fameux Peshmergas - à prendre le contrôle intégral et exclusif de Kirkouk. De sorte que cette ville d'un peu plus d'un million d'habitants, mosaïque culturelle et centre important de la production pétrolière du pays, ne tombe pas aux mains des rebelles arabes. La prise se révèle stratégique puisque Kirkouk et son gouvernorat figurent parmi les territoires revendiqués de longue date par les Kurdes. Mais Bagdad n'y a jamais consenti.
Avec la prise de contrôle de Kirkouk, les Kurdes ont mis Bagdad devant le fait accompli. Massoud Barzani, le président du gouvernement régional du Kurdistan (GRK), l'a d'ailleurs confirmé au Secrétaire d'État américain John Kerry venu dans la capitale régionale Erbil défendre la cohésion fédérale irakienne. M. Barzani a rejeté celle-ci en affirmant que l'avancée des Kurdes en réponse à l'offensive des combattants islamistes avait induit "une nouvelle réalité, un nouvel Irak". Sous-entendu : il s'agit d'un acquis pour les Kurdes et ils ne lâcheront pas de sitôt.
"Ce que l'on peut en déduire c'est qu'ils ne vont pas rendre Kirkouk", confirme la chercheuse Dorothée Schmid, responsable du programme Turquie contemporaine à l'Ifri (Institut français des relations internationales) à Paris. "Mais je ne pense pas que récupérer un territoire qu'ils ont toujours voulu contrôler signifie qu'ils vont chercher à obtenir l'indépendance."
Contrôle militaire de fait
En réalité, le Kurdistan irakien exerce depuis 2005 un contrôle militaire de fait sur la ville de Kirkouk et sur plusieurs zones "disputées" entre les gouvernements central de Bagdad et régional d'Erbil, indique le chercheur Hamit Bozarslan, spécialiste de la question kurde et directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (Ehess) à Paris.
La dislocation de l'Irak, que certains entrevoient déjà, est-elle pour autant engagée, avec les Kurdes à la manœuvre ?
"Je pense pas du tout qu'ils aient intérêt à aller vers l'indépendance parce qu'ils perdraient les recettes pétrolières du centre (irakien), que ça leur coûterait extrêmement cher en reconnaissance, en politiques d'alliances. Et puis, on ne sait pas très bien ce que feraient l'Iran et la Turquie face à cela".