Les talibans s'emparent du nord de l'Afghanistan
Seule Mazar-i-Sharif résiste pour le moment. A Kaboul, l'inquiétude gagne. L'ambassade américaine et la Belgique demandent à leurs ressortissants de quitter immédiatement le pays.
- Publié le 09-08-2021 à 17h48
- Mis à jour le 10-08-2021 à 22h13

A l'image de Daech s'emparant comme la foudre de Mossoul et de la plaine de Ninive durant l'été 2014, les talibans avancent rapidement en Afghanistan et sans rencontrer de réelle résistance face à une armée afghane qui semble épuisée. Lundi, ils avaient conquis six des 34 capitales provinciales, presque toutes dans le nord, et s'approchaient de la plus grande ville du nord, Mazar-i-Sharif, où - jusqu'en juin encore - était basé le contingent allemand.
En quelques jours, les fondamentalistes ont pris le contrôle de la route du nord qui, de Kaboul, monte vers le Tadjikistan et l'Ouzbékistan. La capitale afghane et ses 4,4 millions d'habitants est progressivement ceinturée, coupée de ses revenus douaniers, isolées de ses provinces.
Deux exceptions notables : la région de Bamiyan, zone de prédilection de la communauté chiite des Hazaras, et la vallée du Panchir, siège historique de la résistance aux talibans par le commandant Massoud, assassiné deux jours avant les attentats du 11 Septembre 2001.
Kunduz (où les Chasseurs ardennais ont entraîné les kandaks afghans), Taloqan (la ligne de front dans les années 90 entre Masssoud et les talibans), Sar-e-Pul, Aibak, Sheberghan (le fief du chef de guerre Abdul Rashid Dostom), et plus au sud-ouest, Zaranj sont tombées.
Avec l'offensive contre ces villes, se profile une guerre urbaine, qui pourrait faire de nombreuses victimes. "
C'est maintenant une guerre différente, réminiscence de la Syrie récemment ou de Sarajevo dans un passé pas si lointain"
, a souligné, vendredi au Conseil de sécurité, Deborah Lyons, la représentante spéciale du secrétaire-général de l'Onu pour l'Afghanistan.

Le président Biden, qui a ordonné le retrait des troupes américaines depuis le 1 er mai, reste silencieux depuis des semaines tandis que le Pentagone se contente d'acter l'avancement du retrait. Le 3 août, un communiqué succinct du Centcom estimait que plus de 95% du retrait avait été accompli. L'armée belge a bouclé sa mission elle en juin.
L'armée américaine reste active en soutien de l'armée afghane, en déployant des avions AC-130 d'attaque au sol et des drones armés Reaper qui visent essentiellement les armes et munitions des insurgés. Mais la pratique des talibans d'avancer dans des zones habitées limite l'appui aérien des Etats-Unis. L'aviation intervient désormais depuis des bases au Qatar et aux Emirats, de même qu'à partir d'un porte-avions qui navigue en mer d'Arabie.
Par le passé, les Etats-Unis sont intervenus souvent pour repousser une offensive talibane, notamment à Kunduz. Mais les choses ont changé.
"
L'absence de réplique américaine dimanche montre de façon certaine que la guerre de 20 ans en Afghanistan est terminée. L'armée afghane, mal gérée et épuisée, devra reprendre les villes d'elle-même ou les abandonner aux talibans
", analyse le New York Times.
La prise de Mazar-i-Sharif signerait la fin de la présence des forces gouvernementales dans le nord du pays, une région historiquement très opposée aux talibans.
Inquiétude des ambassades à Kaboul
Pourtant à Kaboul, les autorités ne laissent pas transparaître une angoisse quelconque. Elles assurent qu'une première offensive sur Mazar a été repoussée, que des commandos afghans tentent de reprendre Kunduz et qu'un commandement central, coordonnant l'action de l'armée et des milices, a été mis en place lundi.
Un climat de peur apparaît toutefois dans Kaboul où les talibans continuent leurs assassinats ciblés visant à supprimer les élites. Le chef de la communication du gouvernement, Dawa Khan Menapal a été tué vendredi, son véhicule criblé de balles par des assaillants. Un pilote formé au vol sur hélicoptère Black Hawk est décédé samedi dans l'explosion de sa voiture tandis qu'un ancien procureur de la base américaine de Bagram a été assassiné dimanche. Par ailleurs, des familles venues du nord commencent à se réfugier dans la capitale et dorment en plein air, selon la chaîne de télévision Tolo News.
L'ambassade américaine a demandé à tous ses ressortissants de quitter immédiatement le pays avec les vols commerciaux, sans compter sur des vols spéciaux américains. Même recommandation de la Belgique, qui n'a plus d'ambassade à Kaboul. "Les Belges qui se trouveraient encore dans le pays sont priés de prendre toutes les dispositions nécessaires pour quitter l'Afghanistan, dès que possible, par les liaisons aériennes commerciales internationales existantes", a indiqué dimanche le ministère des Affaires étrangères.
"Le silence de nos amis"
"
A la fin, nous ne nous souviendrons pas des mots de nos ennemis, mais du silence de nos amis
", a tweeté le 2 août l'ambassadeur afghan auprès de la Belgique, de l'Otan et de l'UE, Nazifullah Salarzai, pour qui l'arrivée au pouvoir des talibans n'apportera qu'
'inhumanité, terrorisme et tyrannie
".