"C'est un événement assez remarquable": 5 ans après le Brexit, le Premier ministre britannique va participer à une réunion de l'UE sur la défense
Keir Starmer a été invité à participer à la réflexion des chefs d'État et de gouvernement des Vingt-sept sur le sujet, ce lundi, à Bruxelles. Le Royaume-Uni est toujours considéré comme un partenaire important pour la sécurité de l'Europe. C'est un élément de la réinitialisation des relations avec l'UE.

- Publié le 01-02-2025 à 07h28

Le menu du dîner de la "séance de réflexion informelle" des chefs d'État et de gouvernement des Vingt-sept sur la défense le 3 février n'a pas encore été dévoilé. Peut-être son organisateur le président du Conseil européen Antonio Costa a-t-il prévu un roast-beef en l'honneur de son hôte exceptionnel, le Premier ministre britannique Keir Starmer ? "Ce sera la première fois qu'un Premier ministre britannique participe à un sommet européen depuis le Brexit", survenu le 31 janvier 2020, se félicite une source européenne. "C'est en soi un événement assez remarquable."
Depuis la victoire des travaillistes en juillet dernier, Keir Starmer n'a jamais manqué de faire part de sa volonté de "reset" (en v.f. : relancer sur de nouvelles bases) les relations du Royaume-Uni avec l'Union européenne. Une évidence puisque son accession à la tête du Labour tient à son rôle pendant les années post-référendum : il avait été chargé par le leader de l'époque, Jeremy Corbyn, de superviser les négociations sur le Brexit pour son parti, alors dans l'opposition. Les difficultés qui en avaient suivi l'avaient projeté au premier plan, tandis que son ambition d'un second référendum avait fait de lui le héros des adhérents travaillistes, majoritairement pro-européens.
Un élément des relations, mais beaucoup reste à discuter
Son reset s'est néanmoins jusqu'à présent limité à… quasiment rien. Keir Starmer semble si effrayé par l'ombre des Brexiters et des médias europhobes qu'il a récemment rejeté le programme de mobilité destiné aux jeunes proposé par l'UE car il refuse un retour de "la liberté de mouvement", même si l'un et l'autre ne sont en rien liés. Pour les retrouvailles de ce lundi, l'intention du président du Conseil européen Antonio Costa est "de mettre l'accent de la discussion sur la défense, mais aussi des dossiers connexes, comme l'Ukraine ou peut-être le Proche-Orient", précise-t-on à bonne source. "La défense est l'un des éléments de la relation plus large. Les discussions (sur le reset) reprennent doucement et vont se poursuivre", mais les autres sujets de la relation européano-britannique ne seront a priori pas abordés, ajoute le même interlocuteur.
L'idée d'inviter le Premier ministre britannique à la réunion de réflexion des chefs d'État et de gouvernement de l'UE sur la défense aurait été soufflée au président Costa par le Polonais Donald Tusk. Pourquoi la défense serait-elle clé dans la détente entre les deux voisins ? Parce qu'"il y a une compréhension mutuelle que nous sommes des partenaires importants en matière de sécurité et de défense", selon la source citée plus haut.
La France et le Royaume-Uni disposent d'un passé commun fort en matière de défense. Aussi bien à travers des entreprises comme Airbus, qu'en matière de coopération militaire. Le terrain est donc balisé. Surtout que "la guerre en Ukraine a rappelé que le Royaume-Uni était l'un des principaux acteurs de la défense et de la sécurité en Europe", insiste Richard G. Whitman, professeur de politiques et de relations internationales à l'université du Kent.
Souhait de conclure un pacte de sécurité
Ces derniers mois, le gouvernement britannique a fait part de son souhait de conclure un pacte de sécurité avec l'UE "couvrant la coopération en matière de sécurité transfrontalière, ainsi que les politiques étrangères et de défense, y compris les technologies et les industries de défense", poursuit Richard G. Whitman. Premier pas en avant concret, "Londres a demandé à participer à un programme de la Coopération structurée permanente sur la mobilité militaire, et y a été accepté".
D'autres avancées sont-elles envisageables, alors que l'UE a traditionnellement limité ses relations avec les pays tiers à la consultation, plutôt qu'à la participation à ses politiques, et qu'elle avance à grands pas dans le domaine de la défense ? La nouvelle donne américaine pourrait pousser les deux partenaires à être pragmatiques et à dépasser les vagues déclarations d'intention.