Le Royaume-Uni et l'Union européenne tournent la page du Brexit et optent pour la coopération
Après quelques mois de négociations, les deux parties se sont entendues sur une feuille de route pour relancer leurs relations et sur un partenariat en matière de sécurité de défense.
- Publié le 19-05-2025 à 19h18
- Mis à jour le 20-05-2025 à 09h08

Après des années de tensions, d'acrimonie et de méfiance réciproque entre le Royaume-Uni et l'Union européenne (UE), l'heure est désormais à la coopération. Cinq ans après le Brexit, ils ont conclu ce lundi à Londres un partenariat stratégique qui concrétise leur rapprochement, lors du premier sommet bilatéral depuis le retrait britannique de l'UE, auquel le Premier ministre britannique Keir Starmer avait convié la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen, Antonio Costa. Dès le retour des travaillistes au pouvoir, en juillet 2024, le Premier ministre britannique Keir Starmer avait exprimé son souhait de "réinitialiser" les relations de son pays avec l'Union européenne, endommagées par les gouvernements conservateurs avant et après le Brexit. L'UE était désireuse de saisir la main tendue.
Négocié depuis plusieurs mois, l'accord a été conclu aux petites heures, lundi matin par les diplomates des deux bords, juste avant le début du sommet. Les discussions ont été complexes, notamment parce que Keir Starmer ne pouvait ni ne voulait donner l'impression de revenir sur le Brexit ; parce que l'UE n'était pas prête à toutes les concessions pour trouver un compromis ; et parce qu'il fallait trouver un terrain d'entente sur une large gamme de sujets, allant de la défense à la pêche en passant par l'énergie et les relations commerciales, pour conclure un accord global.
Un accord pour une défense vraiment européenne
Contexte géopolitique oblige, l'un des enjeux majeurs était la conclusion d'un partenariat de sécurité et de défense entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Tous deux confrontés à la menace que fait peser la Russie sur le Vieux continent (mais aussi aux incertitudes quant à la solidarité des États-Unis de Donald Trump), ils font notamment cause commune pour soutenir l'Ukraine. Afin d'établir et de maintenir, autant que possible, une position commune sur différents sujets (Ukraine, Moldavie, Balkans, Proche-Orient, multilatéralisme...), il a été convenu que la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, et ses homologues britanniques en charge des Affaires étrangères et de la Défense tiendront des "consultations stratégiques tous les six mois". Les Britanniques pourraient même, le cas échéant, être invités à participer à des réunions du Conseil de l'UE, à l'invitation de la Haute représentante.
Outre le développement de la coopération dans toute une série de domaines touchant à la sécurité et de défense, la conclusion du partenariat était aussi une condition sine qua non pour que Londres puisse participer au programme européen Safe de développement de l'industrie militaire, doté 150 milliards d'euros. Cela signifie que les entreprises britanniques pourront prendre part aux contrats financés par Safe. Pour que ce soit le cas, des détails doivent encore être réglés : "La contribution budgétaire (britannique, NdlR), la réciprocité d'accès des marchés et la sécurité d'approvisionnement", a précisé la présidente von der Leyen.
Alignement dynamique et pêche
Ce partenariat de sécurité et de défense est un élément d'un cadre plus large, défini par un protocole d'entente (memorandum understanding) qui détaille le rapprochement et l'assouplissement des relations dans le domaine économique, notamment. Londres a ainsi accepté le principe d'un "alignement dynamique" sur les règles sanitaires et phytosanitaires européennes, afin de faciliter l'exportation d'animaux, de plantes et de produits alimentaires britanniques vers l'Union. Le gouvernement travailliste a franchi une ligne rouge tracée par les conservateurs en acceptant qu'en cas de litige, le dernier mot revienne à la Cour de justice de l'UE.
Plusieurs pays, dont la France et la Belgique, insistaient par ailleurs que l'accord global comprenne la prolongation de l'accord donnant l'accès des eaux britanniques à leur pêcheurs. Cet accord qui arrive à échéance en 2026 sera étendu jusqu'en 2038.
Londres et l'Union s'engagent encore à coopérer davantage dans le domaine de l'énergie et envisagent le retour du Royaume-Uni dans le marché européen de l'électricité. Les deux partenaires pensent également à lier leur marché carbone.
Les deux parties veulent également faciliter le rapprochement des personnes. Elles s'engagent à travailler sur des schémas offrant aux jeunes Européens davantage de possibilités d'étudier, de faire du bénévolat ou de voyager ou de vivre une expérience professionnelle au Royaume-Uni et vice-versa. Le gouvernement britannique qui ne veut pas que les Brexiters l'accusent de rétablir la liberté européenne de circulation, est d'une prudence de Sioux sur le sujet : le nombre de jeunes pouvant bénéficier de ce type de visas particuliers serait limité. L'Union et Londres vont néanmoins discuter des conditions qui permettraient au Royaume-Uni de participer à nouveau au programme d'échange Erasmus +.
L'Union va aussi faire en sorte qu'il soit possible pour les touristes britanniques d'utiliser des e-gates dans les aéroports européens, afin de réduire les files d'attente qu'ils connaissent depuis le Brexit.
Le partenariat ne modifie ni l'accord de retrait ni celui sur la relation post-Brexit, du moins pas fondamentalement. Le Royaume-Uni reste un pays tiers et continue de se tenir à l'écart de l'union douanière et du marché intérieur européen. Le memorandum of understanding n'est d'ailleurs pas un point final, mais une feuille de route. Il reste encore beaucoup de pain sur la planche pour que la relance des relations post-Brexit produise ses effets. "C'est une nouvelle ère de coopération […]. L'état d'esprit, l'intention et l'ambition est aussi important que les détails dans les pages des divers aspects de l'accord conclu aujourd'hui. Nous regardons vers l'avant, pas en arrière", a défendu Keir Starmer.
