Déminer l'Ukraine, une tâche "immense" mais nécessaire pour les futures générations
Pour retrouver leur maison, les Ukrainiens doivent attendre deux choses : le retrait des troupes russes et le nettoyage des zones minées.

- Publié le 04-04-2025 à 13h24
- Mis à jour le 04-04-2025 à 14h02

Même les plus petites victoires sont précieuses dans une guerre. Alors que la ville ukrainienne de Kharkiv pleure ce vendredi matin cinq citoyens, tués cette nuit dans des frappes russes de drones, elle figure parmi les zones les plus déminées du pays. En effet, le déminage humanitaire fonctionne : tel est le message que tient à délivrer la Fondation suisse de déminage (FSD), en cette Journée internationale de la sensibilisation aux mines.
Depuis juin 2022, plus de 117 kilomètres carrés (soit 16 000 terrains de football) ont été inspectés par la FSD, dont 2,5 ont été déblayés dans les régions de Tchernihiv, Kharkiv, Donetsk et Kherson. À l'aide de machines spécialisées, de drones et de chiens détecteurs d'explosifs, ce sont au total 35 000 kilomètres carrés qui ont été "libérés" des mines en Ukraine.
"Bien sûr, la tâche est immense et prendra de nombreuses années, admet Hansjörg Eberle, le directeur de la FSD. Mais si l'on observe les progrès réalisés sur les terres actuellement accessibles, nous pouvons être optimistes. Plus de 70 % [de la zone accessible au déminage] ont déjà été libérés." Une zone déminée signifie qu'une famille retrouve sa maison, un agriculteur son champ et des enfants leur plaine de jeux favorite.
Contamination
En polluant les sols, l'air et l'eau, les métaux lourds s'immiscent dans les os et organes des habitants. Un rapport récent de l'Institut Watson pour les affaires internationales et publiques (Université de Brown) affirme que l'exposition aux métaux lourds, contenus dans certaines mines et bombes, provoque des problèmes de santé de génération en génération : cancers, malformations congénitales, troubles neurologiques, respiratoires et cardiovasculaires… L'enjeu du déminage est donc également d'ordre sanitaire et environnemental.
Les mines frappent sans discrimination et touchent principalement les civils
"Les mines utilisées dans les conflits armés modernes ne sont pas des armes sophistiquées. Elles frappent sans discrimination. En fait, elles touchent principalement les civils, affirme l'organisation Human Rights Watch (HRW). Les forces russes ont largement utilisé des mines antipersonnel en Ukraine depuis 2022, causant des pertes civiles. L'Ukraine a également utilisé des mines terrestres pendant la guerre et en a reçu des États-Unis. Même les civils vivant dans des régions où il n'y a pas de conflit armé sont parfois tués ou mutilés par des mines non explosées provenant de guerres passées."
Enjeu international
Au-delà de l'Ukraine, HRW rappelle que le déminage est l'affaire de tous les pays. Certes, la Convention d'interdiction des mines, adoptée en 1997, a cherché à interdire les mines terrestres. "Depuis plus de trente ans, les États-Unis sont le premier contributeur mondial au déminage humanitaire, à la sensibilisation aux dangers des mines et aux programmes de réadaptation des survivants des mines terrestres. Mais les coupes budgétaires de l'Administration Trump dans l'aide étrangère perturbent désormais les opérations de déminage, s'inquiète HRW. Entre-temps, [les] gouvernements polonais, lituanien, letton, estonien et finlandais ont annoncé leur intention de se retirer du Traité d'interdiction des mines antipersonnel. Le ministre polonais de la Défense a également déclaré que le gouvernement avait l'intention de relancer la production de mines antipersonnel." HRW appelle les "gouvernements du monde entier" à s'engager à protéger les civils en temps de guerre.
Les gouvernements polonais, lituanien, letton, estonien et finlandais ont annoncé leur intention de se retirer du Traité d'interdiction des mines antipersonnel
Pour l'heure, les mines – et leurs fragments – restent une menace invisible et permanente en Ukraine. Fin 2023, environ 174 000 kilomètres carrés de terres (soit environ six fois la Belgique) étaient suspectés d'être minés.