"Dans mon jardin, plutôt une centrale nucléaire qu'un data center" : de l'Utah à la Belgique, la fronde se répand contre les centre de données
Les initiatives citoyennes contre les centres de données se multiplient, de l'Utah à la Belgique, en passant par l'Espagne. L'Union européenne entend tripler la capacité des centres de données au cours des cinq prochaines années.

- Publié le 22-05-2026 à 14h56

La fronde contre les data centers a débuté. L'épicentre se situe aux États-Unis, où sept personnes sur dix s'opposent à la construction de centres de données pour l'intelligence artificielle dans leur région, selon un récent sondage Gallup. Soit un rejet plus important que pour un projet de centrale nucléaire (53 %).
Et sur le terrain, les projets de construction rencontrent une forte opposition des riverains, qu'il s'agisse de régions acquises aux Démocrates, ou aux Républicains. Cas le plus emblématique : le Stratos Project. Dans l'Utah, l'approbation de ce data center qui serait l'un des plus grands du monde suscite la colère de la population. L'installation, destinée à l'IA, nécessitera environ 9 GW d'électricité, ce qui double la demande de l'entièreté de l'État. Cette énergie sera fournie sur place par des turbines à gaz, qui devraient faire croître les émissions de CO2 de l'Utah de 50 %. L'infrastructure ferait aussi monter les températures jusqu'à 6°C pendant la nuit, dans un "écosystème lacustre déjà en crise", selon des scientifiques de l'Université de l'Utah.
Face à l'inquiétude des Américains, à travers le pays, une quinzaine d'États travaillent à interdire, suspendre ou restreindre le développement des data centers, malgré les potentielles rentrées fiscales et les emplois.
Une opposition plus discrète en Europe mais bien réelle
En Europe, l'opposition, si elle ne fait pas la Une des journaux, existe également, au niveau local. Ainsi, en Espagne, des associations environnementales de la province d'Aragon viennent d'introduire la première action en justice du pays contre un centre de données. Elles ont en point de mire l'expansion de data centers d'Amazon dans la région, considérée comme un "hotspot" des data centers en Europe. Les associations évoquent un risque "d'accaparement d'un réseau électrique déjà saturé" et "une consommation excessive d'eau dans une région déjà sèche".
Chez nous, des collectifs comme Extinction Rebellion réclament des études d'impacts détaillées sur tous les projets ainsi qu'un moratoire sur l'octroi de nouveaux permis pour les data centers axés sur l'IA en Belgique. Ils s'inquiètent notamment de la construction du centre de données "prêt pour l'IA" KevlinX à Neder-Over-Heembeek qui consommera l'équivalent de la consommation énergétique de 115 000 citoyens, de l'extension des data centers "hyperscale" de Google en Wallonie, ou encore de la construction des centres de données Azur de Microsoft autour de Bruxelles. Selon le Boston Consulting Group, la part des data centers dans la consommation totale d'électricité de la Belgique pourrait passer d'environ 4 % en 2025 (pour 48 centres de données) à plus de 10 % d'ici à 2035.
C'est donc dans ce contexte que l'Union européenne entend tripler la capacité des centres de données au cours des cinq à sept prochaines années. Selon l'Association européenne des data centers, cela équivaudrait à 5 ou 6 000 bâtiments à travers le continent. La Commission européenne travaille actuellement à un EU Cloud and AI Development Act (CADA). Selon son analyse, la capacité des centres de données, qu'elle considère comme essentiels à l'innovation dans l'intelligence artificielle et donc à la compétitivité européenne, est insuffisante dans l'Union. Malgré un PIB comparable, les États-Unis possèdent deux fois plus de capacités dans le domaine que l'Europe. Pour combler cet écart, le CADA vise à créer "les conditions propices à l'attraction et au soutien des investissements dans des centres de données durables à travers l'UE", résume le Service de recherche du Parlement européen.
La Commission, qui souhaite accélérer les octrois de permis, reconnaît cependant les difficultés d'accès à l'énergie, à l'eau, au sol et au capital pour le développement de ces data centers. Après plusieurs reports, sa proposition législative est attendue ce 3 juin, pour une adoption idéalement fin 2027.