Kate & William : Pas un long fleuve tranquille

Le "mariage du siècle" dit-on, lit-on partout. Au fil des siècles, les amours et les tragédies se succédèrent outre-Manche, dans les plus hautes sphères du Royaume.

Francis Matthys
Kate & William : Pas un long fleuve tranquille
©D.R.

Le "mariage du siècle", lit-on et entend-on partout, ces jours-ci, pour qualifier celui qui, vendredi, unira His Royal Highness Prince William of Wales et Miss Catherine Middleton. Un William et une Kate (un peu de familiarité ne messied pas) qui se diront oui devant Dieu, devant quelques centaines de happy few et, prévoit-on, sous le regard de deux milliards de téléspectateurs et internautes, chiffre d'ores et déjà destiné au Guiness Book des records. Mais cette appellation (in)contrôlée n'est-elle pas un brin prématurée dans la mesure où notre siècle n'a jusqu'à présent soufflé que onze bougies ? Papotons, papotons, "il en restera toujours quelque chose" A la différence de la Tamise, l'histoire sentimentale des grands d'outre-Manche ne fut pas un long fleuve tranquille (long, pour la Tamise, n'étant qu'une façon de parler : elle ne compte que 338 kilomètres, ce qui n'est pas la mer à boire en comparaison des 430 de l'Escaut, 950 de la Meuse, 1 320 du Rhin, 3 690 de la Volga, 3 780 du Mississipi, 6 700 du Nil ou des 7 000 de l'Amazone : gravez-vous ça dans la théière.) Pas des plus tranquilles, donc, cette Histoire, ce qui n'a rien d'étonnant : si quelques royaux ou princiers mariages au pays de Shakespeare et des Beatles (terre natale aussi de Charlie Chaplin et d'Elizabeth Taylor) virèrent à l'orage, c'est parce qu'à la source de l'amour il y a souvent un coup de foudre, façon "Tchiki boum" à la "Niagara". Laissons aux historiens la noble mission d'analyser les chemins (semés d'embûches) parcourus par les aïeux du couple qui fait aujourd'hui la "Une" des médias en tout bien tout bonheur. Historiens qui connaissent par cœur le coucouriculum vitae de tout oiseau qui, pour y chanter, se pose sur les branches de l'arbre généalogique de la maison de Windsor, nom que prit en 1917 la maison royale britannique de Hanovre-Saxe-Cobourg-Gotha. Ne remontons pas au Déluge mais, ventre à terre, survolons le Temps. Si l'histoire de l'Angleterre (partie sud de la Grande-Bretagne, que l'Ecosse limite au nord et le Pays de Galles à l'ouest) remonte à des millénaires (les Celtes l'occupèrent avant l'ère chrétienne), cette Angleterre fut conquise par les Romains qui formeront la province de Bretagne. Au Ve siècle, des peuples germaniques - Saxons, Angles, Jutes - chasseront les Celtes vers l'Est et, aux VIIe et VIIIe, se constitueront sept royaumes anglo-saxons, l'Heptarchie. Venus de Rome, des bénédictins feront bientôt de l'Angleterre un centre chrétien. Et déjà l'on arrive à l'Angleterre normande après l'invasion danoise au IXe siècle, avant de franchir la barrière du millénaire. Un événement historique majeur nous vaudra un chef-d'œuvre du patrimoine universel. Duc de Normandie, fils bâtard de Robert le Diable, Guillaume épousa en 1053 Mathilde, fille d'un comte de Flandre et d'une fille du roi de France Robert II; il gagnera la bataille d'Hastings, livrée le samedi 14 octobre 1066, au cours de laquelle Harold II, le contesté roi saxon qui venait de succéder à Edouard le Confesseur, sera tué, ainsi que ses deux frères. Guillaume - dit "le Conquérant" - se verra immortalisé par cette merveille qu'est la Tapisserie de Bayeux (ci-dessous), également appelée "de la reine Mathilde". Constituée de huit morceaux, cette toile de lin brodée de 70 mètres de long sur 50 centimètres de large, met en scène quelque six cents personnages. Instrument de propagande politique, elle témoigne aussi de l'amour de Mathilde - couronnée reine d'Angleterre en 1068 - pour Guillaume. Et est considérée comme l'ancêtre de la Bande dessinée. Passent les décennies Voici Henri II Plantagenêt dont l'épouse, la redoutable et sensuelle Aliénor d'Aquitaine, sera la mère du fameux Richard Cœur de Lion (qui, avec le roi de France Philippe Auguste et l'empereur germanique Frédéric Ier Barberousse, mènera la troisième croisade pour délivrer le Saint Sépulcre) et de Jean sans Terre. Cet Henri II fera assassiner en 1170 son ami Thomas Becket, archevêque de Canterbury : un drame que "Meurtre dans la cathédrale" de T.S. Eliot et "Becket ou l'honneur de Dieu" d'Anouilh traduiront au théâtre. Nous voici à l'époque des chevaliers de la Table ronde, des tribulations du Graal, du cycle des romans du roi Arthur et de la reine Guenièvre où l'on croise Viviane, la Dame du Lac, Merlin l'Enchanteur et le chevalier Lancelot, sans oublier Tristan et Yseut, l'épouse du roi Marc de Cornouailles Après la mort de Richard Ier Cœur de Lion - cher au romantique Walter Scott - et sa succession assurée par le cruel Jean sans Terre qui épousa Isabelle d'Angoulême en 1200, sonne l'heure de l'alliance entre Capétiens et Plantagenêts. Isabelle de France est unie à un Edouard II dominé par ses orientations homosexuelles et dont l'assassinat relève de l'atroce. Mais galopons, à bride abattue ! Plus serein sera le bonheur partagé par "la Bonne Reine", Philippa de Hainaut, et Henri III, son époux depuis 1308. De leurs treize enfants, l'aîné est le Prince Noir, vainqueur de la bataille de Poitiers en 1356. Quant à Henri V de Lancastre, il prendra pour femme Catherine de Valois, fille du roi Charles VI, dit le Fol, et d'une Isabelle de Bavière dont Sade contera l'"histoire secrète" dans un récit qui ne parut qu'en 1952. Place, à présent, à l'un des "modèles" du Barbe-Bleue de Perrault : Henri VIII Tudor. Il épousa d'abord Catherine d'Aragon, tante de Charles Quint, puis Anne Boleyn, dame de compagnie de la reine Claude à la cour de François Ier, le père du futur Henri II qui aura pour mythique maîtresse Diane de Poitiers. Pour épouser Anne, le Roi devait obtenir l'annulation de son premier mariage, ce que le pape Clément VII refusa et qui amena Henri à se proclamer chef suprême de l'Eglise d'Angleterre. D'Anne Boleyn (mère, par les œuvres dudit Henri, de la future Elizabeth Ière qui, selon sa volonté, mourut "reine et vierge" et à qui Cate Blanchett prêta ses traits dans le film somptueux de Shekhar Kapur), le Roi se lassa vite. Il l'accusera d'adultère et la fera décapiter avant de s'unir à la catholique Jeanne Seymour - qui mourra en donnant le jour à un garçon. L'insatiable Henri épouse ensuite Anne de Clèves dont il se sépare l'année même, en 1540, s'étant épris de Catherine Howard qui deviendra reine. Celle-ci s'offrant des amants, son mari lui fera couper la tête en 1542. Enfin, le Roi passera la bague au doigt d'une Catherine Parr qui n'eut pour amour que le frère de Jeanne Seymour, la madame Henri VIII number 3.

En 1625, Henriette-Marie de France (fille de Henri IV, mari de la reine Margot) épousera Charles Ier que le puritain Oliver Cromwell fera exécuter en 1649. Un de leurs neuf enfants, Charles II - roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande entre 1660 et 1685 - collectionnera les maîtresses : la plus troublante, Nell Gwynn, sera peinte nue par le portraitiste royal Peter Lely, successeur de Van Dyck; les polissons murmurent que, vu ses penchants lesbiens, Gwynn est à l'origine du mot argotique "gouine" qui désigne les disciples de Sappho. Bon sang ne peut mentir : l'une des filles de Henri VIII, justement surnommée Marie la Sanglante, fera trancher le cou à sa cousine, Jeanne Grey, à laquelle Henri destinait la couronne. Elle épousera le futur roi d'Espagne, Philippe II, fils de Charles Quint. Abrégeons, abrégeons ! En tant que reine de Grande-Bretagne et d'Irlande et impératrice des Indes, le plus long règne sera, de 1837 à 1901, celui de Victoria, qui épousa en 1840 son cousin germain Albert (neveu de notre Léopold Ier ) dont la mort en 1861 la laissera inconsolable. Eux aussi eurent neuf enfants. Et nous voilà au XXe siècle - qui ne sera pas de tout repos pour les chroniqueurs attitrés. Figures unanimement chéries par leurs sujets, George VI (père d'Elizabeth II, née en 1926, reine depuis 1952, couronnée en 1953, épouse depuis 1947 de Philip, duc d'Edimbourg) et sa femme depuis 1923, l'aristocrate écossaise Elizabeth Bowes-Lyon, la future "Queen Mum" qui s'éteignit en 2002, à 101 ans. Leur présence, pendant la Seconde Guerre, aux côtés d'un peuple soumis à un enfer de feu par les bombardements de l'Allemagne nazie, valut au couple l'affection unanime. Mais George ne devint roi qu'après l'abdication en 1936 de son frère, l'éphémère Edouard VIII, futur duc de Windsor, dont les sympathies pro-allemandes inquiétaient et qui refusa de rompre avec la déjà deux fois divorcée Américaine Wallis Simpson. Un feuilleton sentimental et politique qui fera l'effet d'un séisme. Déchirante sera également, de 1953 à 1955, la liaison qu'entretint la jeune sœur d'Elizabeth II, Margaret (morte en 2002), avec un héros de la Bataille d'Angleterre, le group-captain Peter Townsend, divorcé. La Reine fit renoncer la Princesse à son rêve matrimonial et Margaret épousera un talentueux photographe, Tony Armstrong-Jones, qu'on a parfois comparé pour son œuvre à d'aussi beaux artistes que Cecil Beaton ou David Bailey (qui épousa Catherine Deneuve en 1965). Ils divorceront en 1978. La suite est trop connue Il nous faudrait mille pages pour conter ce qu'on crut être, en juillet 1981, "le mariage du siècle" : celui de Charles et Diana. On sait ce qu'il advint du destin des père et mère de William et Harry. Elevée planétairement au rang d'icône, plus encore à l'heure où elle perdit la vie, à Paris en 1997, poursuivie à tombeau ouvert par des paparazzi : elle aurait eu 50 ans le 1er juillet prochain. En 2005, le prince Charles épousa la femme qu'il aime depuis toujours, Camilla ex-Parker-Bowles, dont l'arrière-grand-maman, Alice Keppel, mère de l'écrivaine Violet Trefusis, fut l'une des maîtresses du roi Edouard VII. Mais vendredi, à Westminster, ce sera le blond fantôme de Diana qui sourira divinement à William et à celle dont ce Prince a fait la reine de son cœur.


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