Kate et William : en fait-on trop ?
Vendredi matin, auront lieu les cérémonies du mariage de William et Kate Middleton. L'annonce de cet union a provoqué une passion sans beaucoup de précédents. Les médias n'en ont-ils pas fait de trop sur cet évènement, jusqu'à risquer l'overdose? Entretiens croisés.
- Publié le 28-04-2011 à 04h15
- Mis à jour le 28-04-2011 à 13h01

Thomas Van Hamme, présentateur de "C'est du belge": Toutes les familles royales sont quelque part la représentation ultime de la famille. Inévitablement, les gens vont s'identifier, même si cela se passe dans le rêve.
Va-t-il y avoir, en Belgique, beaucoup de monde devant le petit écran ce vendredi ?
C'est la grande question effectivement, car ne n'est pas jour férié comme cela l'est en Grande-Bretagne. En plus, nous sommes quatre chaînes francophones à diffuser le mariage. Je pense qu'il y aura aussi du monde sur Internet puisque c'est la grande nouveauté de ce mariage par rapport aux précédents. Inévitablement, pas mal de gens vont jeter un petit coup d'œil au bureau ou ailleurs.
Cela a-t-il mobilisé beaucoup de monde à la RTBF ?
Oui, parce que c'est une opération conjointe en télévision, en radio, sur le web. C'est toute l'équipe de "C'est du Belge", et d'autres. On a mis pas mal de moyens, on a des envoyés spéciaux.
Est-ce un gros enjeu pour la RTBF dans sa concurrence avec RTL ?
Je ne crois pas. On ne raisonne pas avant tout en termes de concurrence. On raisonne sur l'envie de traiter du sujet. D'abord, l'événement est quelque chose de positif, c'est réjouissant. C'est un beau et grand spectacle qu'on va pouvoir voir vendredi. Cela reste aussi un moment historique, qu'on soit pour ou contre.
Pas d'abord de la concurrence, dites-vous. Cela dit, la création de "C'est du Belge" a été programmée pour ne pas laisser le terrain à la seule RTL. Est-ce que vous ne courez pas après la chaîne privée ?
D'abord, notre émission n'est pas essentiellement portée sur les familles royales comme l'est "Place Royale", qui traite vraiment de l'actualité royale de toutes les familles. Nous, ce n'est pas pour rien que cela s'appelle "C'est du Belge" car deux tiers des sujets parlent plutôt de ce qui fait l'excellence de la Belgique.
On parle aussi de la famille royale parce que, souvent, elle met en valeur des expositions, des initiatives, des associations. L'optique est vraiment différente. Quand on a créé cette émission, il y a six ans et demi, on a eu des réactions du genre "c'est pas votre rôle", et puis les gens ont compris notre objectif. Aujourd'hui, l'émission est vraiment devenue une référence; on le voit d'ailleurs au nombre de téléspectateurs qui nous suivent.
A propos, y avait-il une place dans "C'est du Belge" pour le récent incident mettant en cause le prince Laurent ?
Non, parce qu'on a pris le parti de parler patrimoine, histoire, mode. On ne cherche pas à tout prix la polémique car il y a d'autres excellentes émissions à la RTBF qui s'en chargent. Nous sommes, nous, un magazine de fin de semaine, et c'est très bien qu'il y ait plusieurs émissions sur une même chaîne s'occupant d'une même thématique générale.
Revenons au mariage de Kate et William. Quel est le ressort de l'intérêt des gens ?
Toutes les familles royales sont quelque part la représentation ultime de la famille. Dans toute famille, on a vécu des mariages. Inévitablement, les gens vont s'identifier, même si cela se passe dans le rêve. Ils sont tous les deux beaux, amoureux, jeunes, c'est un conte de fée moderne en technicolor.
Certains affirment qu'on en fait beaucoup trop dans les médias. Votre avis ?
C'est possible, il y a beaucoup, cela fait des semaines qu'on en parle. Et pour ceux qui n'ont vraiment pas envie d'entendre parler de cela, c'est peut-être trop.
Marc Lits: Directeur du l'Observatoire du récit médiatique (UCL): On est bien dans un spectacle mais qui, en même temps, joue sur le registre de l'affectif, avec cette rencontre du prince et de la bergère. Cela renvoie à la consommation des contes de fées, et de mythes anciens.
Regarderez-vous à la télévision la cérémonie de mariage du couple princier britannique ?
Vendredi, je travaille, mais, si j'étais libre, je ne pense pas que j'y consacrerais beaucoup de temps pour le regarder. Je me contenterai d'un résumé, parce que je ne suis pas trop fan de ce type de programme.
Comment expliquez-vous l'engouement du public, en dehors de la Grande-Bretagne ?
C'est vrai qu'il y a toujours eu un intérêt important pour ce genre d'événements, qui se ressent dans la programmation habituelle de la presse magazine. C'est le même intérêt que pour les faits divers, qui ne demandent pas un bagage culturel comme c'est le cas pour l'information politique. On peut entrer directement dans l'événement, sans connaissance préalable.
Que vont rechercher les téléspectateurs en regardant ce genre de spectacle ?
Vous employez le mot de spectacle, et c'est ce qui en fait l'intérêt aux yeux de ceux qui vont regarder. Il y a là toute une mise en scène, avec le carrosse, les soldats en uniformes, etc. On est donc bien dans un spectacle mais qui, en même temps, joue sur le registre de l'affectif, avec cette rencontre du prince et de la bergère. Cela renvoie à la consommation des contes de fées, et de mythes anciens. On peut s'y identifier et, en même temps, on aura l'impression d'en avoir été, avec la possibilité d'en parler à ceux qui, eux aussi, auront vu.
Il n'y a pourtant pas cet élément de proximité comme avec des cérémonies semblables en Belgique.
On peut se retrouver dedans assez facilement. Il y a une telle surexposition que chacun pense qu'il doit en être. Il faudra cependant voir, car il y a une telle exagération des médias eux-mêmes quand on parle de milliards de téléspectateurs, je ne suis pas sûr que les gens vont prendre congé pour regarder cela vendredi.
Est-ce que cela peut avoir de l'impact sur l'humeur d'une population ?
Non, je suis assez prudent sur l'interprétation qui consiste à dire qu'il s'agit d'une bonne nouvelle et que cela remonte donc le moral des gens. C'est quelque peu surfait : cela n'aide pas durablement les gens à sortir de leurs problèmes au quotidien. C'est un petit moment d'évasion mais qui reste plutôt dans une logique de divertissement.
En Grande-Bretagne il y a eu une polémique sur le coût de l'organisation du mariage.
Il y a trente ans, pour le mariage de Diana et Charles, il n'y avait pas eu une telle polémique. Il reste bien sûr de la fascination par rapport à ces histoires princières, mais on assiste à une mise en cause de modèles qui apparaissent comme dépassés.
En général, ce genre d'événement est plus suivi par les médias populaires. Or, cette fois, les journaux de référence y ont consacré une abondance de pages. Pourquoi une telle évolution ?
C'est une vraie évolution. Regardons en télévision : on aurait pu dire que dans le temps, RTL-TVI consacrait davantage de temps là-dessus que la RTBF. On voit qu'il y a désormais une surenchère. "Le Monde" et "Le Figaro" s'en sont aussi emparés. C'est une forme de peoplisation de la presse générale, voyant que la presse spécialisée a un grand succès.
L'ambassadeur de Syrie à Londres n'est plus invité au mariage princier Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a annoncé jeudi le retrait de l'invitation de l'ambassadeur de Syrie au mariage du prince William et de Kate Middleton, la jugeant "inacceptable" après la répression des manifestations dans le pays. "A la lumière des agressions perpétrées cette semaine contre les civils par les forces de sécurité syriennes, que nous avons condamnées, le ministre des Affaires étrangères a décidé que la présence de l'ambassadeur syrien au mariage princier serait inacceptable et qu'il ne devrait pas y prendre part", a indiqué le Foreign Office dans un communiqué, précisant que les services royaux "partageaient" cette opinion.
