Kate, reine des médias
"No one is trying to fill my mother's shoes." Traduction libre : "Nul n'a l'intention de remplacer ma mère." Sourire en coin, le prince William s'adressait en ces termes au journaliste qui l'interrogeait le 16 novembre 2010. Les fiançailles de William avec Catherine Middleton venaient d'être annoncées.
- Publié le 28-04-2011 à 04h15
- Mis à jour le 28-04-2011 à 12h27

"No one is trying to fill my mother's shoes." Traduction libre : "Nul n'a l'intention de remplacer ma mère." Sourire en coin, le prince William s'adressait en ces termes au journaliste qui l'interrogeait le 16 novembre 2010. Les fiançailles de William avec Catherine Middleton venaient d'être annoncées urbi et orbi ; dans la foulée, le jeune couple accordait sa première interview télévisée. Et, d'emblée, le Prince donna le ton, fixa le cadre à l'attention des médias, comme si le fils aîné de Charles et Diana avait voulu saisir l'occasion pour remettre chacun à sa place et préserver sa future épouse du spectre d'une "Dianamania" dévastatrice.
Mais ces médias n'avaient déjà d'yeux que pour la jolie Kate et la bague qu'elle portait élégamment, et ostensiblement, à la main gauche. Dans son édition du 17 novembre, le tabloïd populaire et conservateur "The Sun" - poids lourd de la presse anglaise avec près de 3 millions d'exemplaires vendus chaque jour ! - ne s'y trompait d'ailleurs pas. En manchette, le quotidien servit en gros plan à ses lecteurs la bague en saphir bleu serti de diamants, accompagné en médaillon d'une photo de Charles et Diana lors de leur engagement, voilà trente ans. Au doigt de Lady Di, cette même bague N'en déplaise à William, la machine médiatique et la "Katemania" étaient lancées.
D'aucuns redoutèrent alors que cette machine ne s'emballe et dérape, à un horizon plus ou moins proche, comme ce fut le cas pour le prince Charles et Diana. Certains médias seraient désormais à l'affût, prêts à bondir sur la moindre fausse note, le moindre (mini) scandale, la moindre rumeur. Car le drame de 1997 est forcément dans tous les esprits, celui du prince William en tête. A 28 ans, le fils aîné de Diana n'a rien pardonné à la "meute des paparazzi" pourchassant sa maman, jusqu'à la mort, dans la nuit et les tunnels de Paris. "Le prince William hait la presse. Il la rend responsable de la mort de sa mère" , raconte Marc Roche, auteur d'ouvrages de référence sur la monarchie britannique et correspondant du "Monde" à Londres depuis le début des années 1980. A ce titre, M. Roche a couvert le mariage fastueux de Charles et Diana en juillet 1981, et suivi la lente et tragique descente aux enfers médiatisée du couple princier.
Autre époque, autres mœurs ? Depuis l'annonce des fiançailles à l'automne dernier, tout semble séparer l'histoire de "Wills&Kate" de celle, chaotique, de Charles et Lady Diana. Sur le plan médiatique, en particulier, une relation d'un nouveau genre entre famille royale et presse britannique paraît s'installer. "Le contraste entre la couverture médiatique des préparatifs du mariage de Charles et Diana, en 1981, et le traitement réservé à celui du prince William et de Kate Middleton est important, relevait début avril Roy Greensdale, professeur de journalisme et chroniqueur médias au "Guardian". Les journaux ont des difficultés à trouver de la matière sur William et Kate. Il y a relativement peu d'images, tout simplement parce que les opportunités offertes sont rares. Et c'est clairement ce que le couple souhaite." Cette stratégie, qualifiée par l'expert de "low profile", est parfaitement en ligne avec celle suivie depuis plusieurs années par le prince William (on ne peut pas en dire autant de son frère cadet, Harry, dont certains écarts ont fait la Une de la presse populaire). Introverti et méfiant à l'égard des médias, William est parvenu à maintenir les "royal watchers" et autres paparazzi à bonne distance de sa vie privée. "Tant que les enfants de Diana n'étaient pas adultes, il y avait un accord tacite entre Buckingham et les patrons de presse pour ne pas importuner William et Harry. Le parcours scolaire de William a été exemplaire à cet égard ; il s'est fait très largement à l'abri des médias", confie Etienne Duval, journaliste franco-écossais qui, depuis de très nombreuses années, réside à Londres où il couvre l'actualité britannique pour le compte de plusieurs chaînes de télévision francophones (RTBF, TSR, etc.)
Mais ce qui frappe avant tout Etienne Duval, comme son confrère Marc Roche, c'est la manière dont Buckingham - c'est-à-dire la reine Elizabeth II et son fils, le prince héritier Charles - sont parvenus à rééquilibrer les relations "amour-haine" entretenues de longue date avec les tabloïds anglais. "Buckingham s'est professionnalisé en recrutant des gens de très gros calibre capables de répondre à la double exigence de notre époque : à la fois la volonté des médias d'en savoir toujours plus et celle de la monarchie de préserver un certain mystère", analyse M. Duval. Depuis la mort de Diana, il y a treize ans, tout est devenu plus maîtrisé dans le chef de la famille royale. Les journalistes en poste à Buckingham ont droit régulièrement à des briefings conduits par des experts de la communication (dont un ancien porte-parole de Manchester United, à l'époque où la star David Beckham y jouait). "Le résultat de cette reprise en main, c'est qu'on a droit aujourd'hui au service minimum. C'est-à-dire à pas grand-chose en dehors de la communication officielle", dit avec une pointe de regret le vieux briscard de la monarchie britannique qu'est Marc Roche.
Ce contrôle de la communication n'enlève toutefois strictement rien au pragmatisme (commercial !) de la presse d'outre-Manche. Dans un pays où la monarchie bénéficie d'un très large soutien populaire, les médias réagissent au quart de tour dès qu'il est question d'un membre de la famille royale. Certes, le quotidien "The Independent" et, dans une moindre mesure, son concurrent "The Guardian" prennent un malin plaisir à égratigner - voire, dans le cas du premier, à se moquer ouvertement - des Windsor. Pour les autres, qu'ils soient "popular" ou "quality", "conservative" ou "labour", tout est bon à prendre dans la monarchie. "Elle mange à tous les râteliers ! Tout fait vendre, les belles histoires comme les scandales", résume Etienne Duval. La presse anglaise est ainsi capable, en l'espace de 24 heures, de passer de la révérence béate à la critique féroce. Tout est toutefois devenu une question de distance, prolonge Marc Roche : "Les médias sont devenus plus respectueux de la Reine et de son entourage direct. En revanche, ils peuvent être très agressifs avec les autres, comme le prince Andrew." Mais le correspondant du "Monde", qui se mettra aussi au service de TF1ce 29 avril, est d'avis que, contrairement à une idée largement répandue, "les scandales de la monarchie ne sont pas vendeurs" pour les médias
Tous les observateurs sont au moins d'accord sur une chose : si la presse britannique s'est quelque peu calmée dans sa couverture des faits et gestes de la famille royale, elle a d'ores et déjà jeté son dévolu sur Kate Middleton, devenue véritable "reine des médias" au cours de ces cinq derniers mois. C'est elle, beaucoup plus que son futur époux, qui accapare l'attention médiatique. Son parcours familial et éducatif fait figure de "success story", ce dont raffolent les Anglais (et plus encore les Américains, lesquels se passionnent pour la noce princière depuis de nombreuses semaines). Quant à sa "love story" avec William, elle est quasi parfaite et surtout très en phase avec notre époque (le couple a pris le temps de mûrir avant de s'engager). A défaut de réels scoops, la presse people doit se contenter d'informations plus ou moins anecdotiques sur celle qui est promise à faire régulièrement la Une des médias. Epanouie, confiante, romantique, franche, entreprenante, aimante Pour Kate, le récit médiatique de sa nouvelle vie de princesse peut commencer sur de bonnes bases, loin des tourments d'une belle-mère qu'elle n'aura jamais l'occasion de côtoyer.
Ce vendredi, n'en déplaise au prince William, Kate sera donc plus que jamais "la" personne au centre du déferlement médiatique. C'est elle, arrière-petite-fille de mineur, que les 2 milliards de téléspectateurs scruteront. "Ce sera le plus grand événement de l'histoire de la télévision parce qu'il n'y a pas de plus grandes célébrités au monde que les familles royales", prédit Piers Morgan, ancien du "Daily Mirror" cité le 4 avril dernier dans les colonnes du "Guardian". C'est pour elle que les grands réseaux américains, dont CNN, ont déployé des moyens techniques considérables et qu'environ 10 000 journalistes et techniciens sont attendus aux abords de Westminster et de Buckingham. Mais le "show" débordera très largement le cadre de la petite lucarne : radios, presse écrite, sites d'informations, blogs, réseaux sociaux (Facebook, Twitter ou encore YouTube qui dispose, depuis quelques semaines, d'une "Royal Channel") occuperont le terrain comme jamais. Et si, ce 29 avril 2011, le mariage de Kate-la-roturière avec le prince William marquait le premier véritable événement planétaire d'une ère médiatique nouvelle ?
Kate Middleton ne s'engagera pas à "obéir" à son époux lors de ses vœux Kate Middleton ne s'engagera pas à "obéir" à son époux, lors de ses voeux vendredi devant l'autel de l'abbaye de Westminster, a révélé jeudi le programme officiel du mariage. Le programme précise que Kate Middleton s'engagera à "aimer, réconforter, respecter et entourer" le prince William, mais non à lui "obéir". Le formule retenue pour les voeux faisait l'objet de nombreuses spéculations. La princesse Diana avait innové en 1981 en omettant d'"obéir" au prince Charles lors de ses voeux, mais Sarah Ferguson lors de son mariage avec le prince Andrew en 1986 et Sophie Rhys-Jones avec le prince Edward en 1999 avaient toutes deux promis obéissance à leur mari. Un message du couple - le premier depuis l'annonce des fiançailles en novembre - ouvre le programme officiel. "L'affection dont nous avons été entourés a été incroyablement émouvante et nous a tous les deux profondément touchés", écrivent les deux fiancés. Le programme détaille également les morceaux de musique qui seront interprétés pendant la cérémonie, avec aussi bien des pièces classiques que "Greensleeves", l'un des airs les plus populaires du folklore anglais, vieux de 500 ans. Le couple quittera l'abbaye sur une marche impériale de William Walton, qui avait été jouée lors du "mariage du siècle" des parents de William, Charles et Diana, en 1981. L'ambassadeur de Syrie à Londres n'est plus invité au mariage princier Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a annoncé jeudi le retrait de l'invitation de l'ambassadeur de Syrie au mariage du prince William et de Kate Middleton, la jugeant "inacceptable" après la répression des manifestations dans le pays. "A la lumière des agressions perpétrées cette semaine contre les civils par les forces de sécurité syriennes, que nous avons condamnées, le ministre des Affaires étrangères a décidé que la présence de l'ambassadeur syrien au mariage princier serait inacceptable et qu'il ne devrait pas y prendre part", a indiqué le Foreign Office dans un communiqué, précisant que les services royaux "partageaient" cette opinion.
