Ahmed Laaouej court-circuite le MR en réunissant une majorité de gauche pour discuter de la formation d'un gouvernement bruxellois
Un échange de vues sur la situation politique s'est tenu au Parlement bruxellois entre les représentants du PS, du PTB, d'Ecolo, de Groen, de la Team Ahidar et de Vooruit.

- Publié le 27-05-2025 à 20h03
- Mis à jour le 27-05-2025 à 20h55

Pour la seconde fois depuis les élections du 9 juin 2024 (après la réunion à 7 partis du mois de mars, avec le CD & V et sans la N-VA), une majorité parlementaire bruxelloise s'est réunie autour d'une même table.
Ce mardi soir, à l'invitation d'Ahmed Laaouej, un échange de vues sur la situation politique s'est en effet tenu au Parlement bruxellois entre les représentants du PS, du PTB, d'Ecolo, de Groen, de la Team Ahidar et de Vooruit. La rencontre a été rendue publique à la demande d'Ecolo.
Une réunion "constructive", dans un "climat très serein", a commenté Ahmed Laaouej, qui a déposé une note contenant une trajectoire budgétaire ainsi qu'une "note cadre" qualifiée d'"ambitieuse, progressiste et inclusive".
"Le PS est resté prudent et n'a pas non plus poussé fort pour que ça avance vite", commente une source politique.
Les partis doivent maintenant "consulter leurs instances" et leur demander un mandat en vue d'approfondir, ou non, les discussions et éventuellement, ensuite, entamer des négociations.
Cette rencontre est, en elle-même, un fait politique important, après un an sans gouvernement de plein exercice. Cela peut-il déboucher sur la formation d'un exécutif ? C'est une autre paire de manches…
Le président du PS bruxellois suit une feuille de route avec méthode, ne dévoilant ses cartes qu'une par une, comme pour préparer le terrain à sa majorité de gauche.
Le 29 avril, il a acté le fait que "le MR a clairement dit ne pas vouloir gouverner avec le PS", et a proposé de trouver une majorité, au Parlement bruxellois, pour voter un budget.
Le 1er mai, un appel a fort opportunément été lancé par des représentants de la société civile bruxelloise, appelant à la formation d'une majorité de gauche.
Ce 26 mai, le bureau du PS bruxellois a mandaté son président pour former "une majorité progressiste" en Région bruxelloise.
Accessoirement, le socialiste court-circuite l'initiative du MR, qui présente ce mercredi sa déclaration de politique régionale. Les libéraux, qui mènent une initiative en parallèle, espéraient secrètement convaincre avec ce texte le PS de revenir à table, sans avoir à courber l'échine pour les y inviter…
On peut douter qu'ils y parviennent, au vu de la dynamique dans laquelle s'inscrit désormais Ahmed Laaouej.
Un Nouveau Front populaire bruxellois ?
Au sortir des élections de juin, des voix, notamment au sein de la société civile, avaient déjà mis en avant cette possibilité "historique" d'une alliance de gauche, à Bruxelles, inspirée par le Nouveau Front populaire qui faisait alors campagne en France pour entrer à Matignon.
Mais la piste d'une majorité de gauche semblait alors politiquement invraisemblable, pour plusieurs raisons (opposition de Conner Rousseau au PTB etc) qui restent valables. Après un an de blocage, certaines données ont toutefois évolué.
Voir le PTB intégrer un gouvernement censé réduire drastiquement les dépenses reste difficilement imaginable. Un axe PS-PTB-Ecolo s'est tout de même constitué dans la commune de Forest, où les relations entre les partis semblent relativement bonnes. Et le PS a discuté avec le parti de gauche radicale d'un soutien au gouvernement bruxellois depuis l'extérieur.
Ecolo a quant à lui accepté de revenir sur son choix pour l'opposition, mais les conditions - assez floues - fixées pour une participation excluent toujours une solution. Les verts sont par ailleurs opposé à la perpective d'un gouvernement minoritaire.
L'axe MR-PS, constitué au sortir de l'été, est politiquement en état de mort cérébrale et le PS ne considère plus que David Leisterh doit être le prochain ministre Président bruxellois.
Un gouvernement anti-Arizona
Comme à Forest, les socialistes espèrent convaincre le PTB sur le fond, via d'abord la confection d'un budget régional, en leur offrant des garanties qu'ils pourraient valoriser auprès des électeurs et des syndicats.
Le PS mise aussi sur le symbole que constituerait, pour Raoul Hedebouw et ses troupes, le fait d'empêcher le MR d'entrer au gouvernement bruxellois, et de former une majorité anti-Arizona dans la capitale.
Disons le tout net : les chances de succès, à ce stade, restent minces. Elles semblent l'être moins, toutefois, qu'il y a quelques mois… Ahmed Laaouej conserve par ailleurs, en cas d'échec, la possibilité de se rabattre sur les Engagés (qui privilégient pour l'instant l'initiative du MR).
Les libéraux, après avoir gagné les élections régionales, espèrent toujours légitimement mettre fin à une cure de plus de 20 ans dans l'opposition… Dans le cas contraire, ils risquent de passer les quatre prochaines à s'opposer, depuis le Parlement bruxellois, au ministre Président Ahmed Laaouej…