Dix ans après le référendum sur le Brexit, "l'Union européenne est passée à autre chose"
Le départ du Royaume-Uni a été une perte mais n'a pas mis l'UE en difficulté ou en péril. Rebâtir une nouvelle relation reste difficile, en raison des lignes rouges de l'une et de l'autre partie, ainsi que de l'instabilité politique britannique, qui entravent un rapprochement.
- Publié le 23-06-2026 à 08h02
- Mis à jour le 23-06-2026 à 14h05

Le résultat du référendum du maintien ou de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) avait eu l'effet d'un coup de massue à Bruxelles et dans les capitales des autres États membres. Alors que les voix de cassandres, dont beaucoup de nationalistes et souverainistes, prophétisaient que le départ annoncé des Britanniques serait le premier épisode du délitement de l'Union, les institutions de celle-ci avaient tenu à envoyer un autre message. "C'est une situation sans précédent mais nous sommes unis dans notre réponse. L'Union de 27 États membres perdurera. [Elle] est le cadre de notre avenir politique commun […]", assuraient dans un communiqué commun Jean-Claude Juncker, Martin Schulz, Donald Tusk et Mark Rutte, respectivement président de la Commission, du Parlement et du Conseil européens et de la présidence tournante du Conseil de l'UE.
Le temps leur a donné raison. "Le départ du Royaume-Uni a bien sûr été une perte pour l'Union, mais il ne l'a pas mise en difficulté", fait observer une source européenne.
Des avancées sans les Britanniques
La comparaison est un peu triviale mais ne manque pas de pertinence : le Royaume-Uni se comporte comme le membre du couple défait qui continue à être obsédé par son ex. "À l'époque du référendum, je disais que, si le Royaume-Uni votait pour quitter l'Union européenne, on en parlerait pendant 15 ans", surtout outre-Manche, rappelle la politologue Georgina Wright, qui étudie notamment les relations entre les deux parties pour le German Marshall Fund. De son côté, "l'Union européenne, elle est passée à autre chose assez rapidement", fait remarquer Georgina Wright. L'UE considère toujours le Royaume-Uni comme un partenaire important, mais elle a d'autres fers prioritaires au feu, de l'Ukraine à la double transition verte et numérique, en passant par la compétitivité, la migration, la conclusion d'accords commerciaux, ses relations avec les États-Unis et la Chine…
Depuis le départ du Royaume-Uni, les Vingt-sept ont pris, dans divers domaines des décisions qu'il aurait été très difficile, voire impossible à faire accepter aux Britanniques s'ils étaient restés membres du club, l'exemple le plus évident étant le plan de relance post-Covid Next Gen UE, doté de 800 milliards d'euros provenant d'emprunts européens.
Unité européenne
Au final, le Brexit a même eu un aspect "fondateur", pour l'unité européenne, estime un autre diplomate. "Ça a énormément resserré les rangs, et le sentiment que nous, les Vingt-sept, devions être forts et unis par rapport aux Britanniques mais aussi par rapport à d'autres". Les États membres et les institutions de l'UE ont affiché un front dont l'unité les a parfois eux-mêmes surpris, lors de la négociation de la séparation d'avec le Royaume-Uni puis dans l'élaboration du cadre de la future relation. Les discussions ont été longues, âpres et tendues, "parce que le Royaume-Uni ne savait pas ce qu'il voulait", rembobine Georgina Wright. Mais au final, l'UE a obtenu l'essentiel de ce qu'elle voulait – plus exactement : n'a rien lâché sur les points qu'elle considérait comme essentiels pour elle, tels le droit des citoyens européens outre-Manche, la contribution britannique au budget européen et la frontière irlandaise. Et c'est sur le Royaume-Uni que l'impact économique (et politique) de la sortie est le plus brutal.
Aussi, le Brexit "a tué le débat sur la sortie de l'Union" qui pouvait vivre avec plus ou moins de vigueur dans d'autres États membres, fait observer le premier interlocuteur. "C'est une idée très impopulaire dans les opinions publiques", aussi critiques puissent-elles être de l'UE, souligne le second diplomate.
Des relations toujours compliquées
Depuis la sortie du Royaume-Uni, le 31 janvier 2020, et l'entrée en vigueur de l'accord sur la nouvelle relation, le 1er janvier 2021, les relations avec l'Union européenne ont traversé leur lot de tensions, en particulier lorsque les conservateurs étaient au pouvoir. L'arrivée du travailliste Keir Starmer au 10 Downing street a permis une nette amélioration, marquée notamment par le retour du Royaume-Uni dans les programmes européens Horizon et Erasmus ou par la tenue de sommet avec l'UE – le second se devait se tenir le 22 juillet outre-Manche, mais il a été reporté suite à la démission de Keir Starmer. "Il y a eu un rapprochement et on a de meilleures relations entre l'Union Européenne et le Royaume-Uni, ainsi qu'entre le Royaume-Uni et des États membres, notamment la France, l'Allemagne. Maintenant, on est vraiment sur un socle de confiance qui est plus fort", pointe Georgina Wright. C'est visible, entre autres, en ce qui concerne le soutien à l'Ukraine, où l'on voit Londres piloter avec Paris "la coalition des volontaires".
Le rapprochement entre Londres et l'UE, néanmoins, ne progresse toutefois qu'à pas lents et heurtés, que ce soit sur "l'alignement dynamique" de la législation britannique sur les réglementations européennes, le respect des règles phytosanitaires de l'Union, l'intégration du Royaume-Uni au marché européen de l'électricité, au marché carbone (ETS) etc. Et il n'a pas été possible de trouver un accord pour que Londres puisse participer au programme européen de réarmement Safe.
Le fait que les Britanniques aient opté pour un "Brexit dur" – une séparation assez nette, avec une sortie du marché intérieur et de l'union douanière et le refus absolu de la libre circulation des personnes – qu'ils restent campés sur leurs lignes rouges, mais peinent à en assumer les conséquences, n'y est pas étranger. "La discussion reste toujours la même avec eux, ils tentent un rapprochement avec l'UE pour atténuer les effets du Brexit, mais ils ne sont pas prêts à en accepter les contreparties", soupire un des diplomates. "Tant que le Royaume-Uni n'élimine pas ses lignes rouges ou que l'UE ne change pas de position, le rapprochement que certains souhaitent ne pourra pas avoir lieu". La perspective d'un retour du Royaume-Uni dans l'Union européenne relève aujourd'hui du domaine de la politique fiction
N'en reste pas moins que "le contexte géopolitique requiert une relation beaucoup plus étroite entre l'Union et le Royaume-Uni", maintient la chercheuse. Ce qui paraît difficilement envisageable aujourd'hui pourrait l'être "dans dix, quinze ou vingt ans, avec de nouvelles personnalités politiques", avance un des sources européennes. Wait and see.
